Microéconomie : le vrai point faible des marchés ?

 

 

CONTEXTE

Ce qu’il s’est passé :

Le mois de juin fût essentiellement marqué par deux évènements. Tout d’abord, les négociations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis, mises au point mort il y a un peu plus d’un mois, ont enfin repris à la suite du sommet du G20 à Osaka où les présidents des deux pays se sont rencontrés. Les marchés ont finalement peu réagi à cette nouvelle, ce qui nous fait dire que les investisseurs ont enfin pris conscience que tant qu’un contrat ne serait pas effectivement signé entre les deux parties, les péripéties ne s’arrêteront pas réellement sur ce sujet. En effet, conscient d’un rapport de force clairement en faveur des Etats-Unis, nous estimons que le président américain fasse à nouveau des siennes dans les semaines et mois à venir tant qu’il n’aura pas totalement gain de cause…

Autre point important, notons que les banques centrales ont réaffirmé leur volonté de se dresser comme un rempart à la dégradation généralisée de l’économie. Le président de la Réserve Fédérale américaine, J. Powell, s’est exprimé sur le sujet et, comme nous l’attendions, a maintenu les taux directeurs américains dans la fourchette actuelle tout en ouvrant la voie à une possible baisse d’ici à la fin de l’année (qui nous apparait inévitable), face à un environnement économique incertain. Le pragmatisme américain semble donc toujours de rigueur, d’autant que le bilan de la FED reste contenu (20% du PIB américain), et lui donne une marge de manœuvre qui restera conséquente en temps voulu. En zone euro, Mario Draghi, qui sera remplacé en octobre par Christine Lagarde, a lui aussi renouvelé ses déclarations de soutien indéfectible.

Dans ces conditions, les marchés actions ont poursuivi la hausse entamée fin mai. L’Euro Stoxx a enregistré un rebond de 7,3% en 28 jours, et le S&P 500 un rebond de 9,2% en 26 jours qui lui a permis de dépasser ses plus hauts historiques, quand les taux souverains ont atteint des niveaux extrêmement bas.

Nos prévisions :

Si les chiffres de l’économie américaine restent pour l’instant de facture correcte, nous estimons que l’élément principal qui fera bouger les marchés actions sera la saison de publications de résultats des entreprises qui commencera dans le courant du mois. En effet, les prévisions pour le deuxième trimestre restent négatives : les bénéfices sont attendus en baisse de -2,6% pour les entreprises du S&P500. De plus, les premières annonces effectuées par les sociétés du S&P500 ont été largement inférieures aux prévisions des analystes : sur les 113 sociétés du S&P500 ayant réalisé des annonces préalables quant à leurs futurs résultats, 87 d’entre-elles (soit 77%) ont surpris négativement les anticipations. A suivre de près, car une succession de déceptions pourrait bien peser sur les marchés actions alors que ces derniers ont déjà bien rebondi depuis fin mai et servir de prétexte pour prendre des bénéfices à la veille de la trêve estivale.

 

ALLOCATION TACTIQUE

ACTIONS : neutres à sous-pondérés

Le rebond observé depuis début juin va-t-il perdurer ? Si le récent soutien affiché par les banques centrales (la FED a acté à demi-mot qu’une baisse des taux devrait survenir d’ici peu, quand la BCE réfléchit à un éventuel nouveau plan de rachat d’actifs) pourrait permettre aux marchés actions de continuer légèrement leur progression dans les jours à venir, nous estimons que ces derniers ne devraient pas s’orienter durablement à la hausse. En effet, dans un environnement qui reste incertain au vu de la dynamique économique, les variations médianes de marché oscillent historiquement entre des rebonds de l’ordre de +8,7% et des corrections de -8,2%. La hausse actuelle ayant déjà atteint +7,3% pour l’Euro Stoxx, les marchés actions des pays développés devraient consolider à court terme tout en continuant d’osciller dans le tunnel actuel à moyen terme, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis.

Concernant les actions émergentes, nous estimons depuis de nombreux mois maintenant que le manque de perspective quant à la résilience des modèles économiques de ces pays – qui plus est dans un contexte de tensions entre les Etats-Unis et la Chine – nous poussent à recommander une sous-pondération durable de cette classe d’actifs tant que nous ne disposerons pas de signaux tangibles d’amélioration.

OBLIGATIONS : neutres

Concernant l’obligataire souverain (et sur les meilleures notes de l’Investment Grade par extension) des pays riches, notre scénario central – émis il y a longtemps maintenant – se matérialise et commence à être accepté par la place, à savoir un environnement de taux longs pour la zone euro qui devraient rester extrêmement bas à l’image du Japon depuis 20 ans, avec un risque de krach obligataire quasiment nul.

La faiblesse actuelle du momentum économique de la zone, fragilisée par l’exposition importante de l’économie allemande au commerce international, amplifie ce scénario de taux bas à court terme et explique pourquoi nous ne passons pas vendeurs sur l’obligataire souverain européen, en dépit des niveaux de taux aujourd’hui au plancher. Qui plus est, la confirmation que la BCE ne remontera pas ses taux dans les mois à venir, fait prendre conscience aux investisseurs de l’impossibilité d’une réelle hausse des taux longs à moyen terme.

Nous recommandons ainsi la neutralité à court terme vis-à-vis des obligations souveraines et corporate Investment Grade des pays riches. Concernant les émergents, nous conservons le même point de vue que sur les actions et restons sous-pondérés tant que nous ne disposerons pas de signaux tangibles d’amélioration de la conjoncture. Enfin, nous préférons la prudence vis-à-vis des obligations corporate High Yield dans leur globalité (américaines et européennes), tant le risque intrinsèque de cette classe d’actifs est comparable à celui des marchés actions.

 

MATIERES PREMIERES : neutres sur les commodities, légèrement surpondérés sur les métaux précieux et le cash

Le baril de pétrole a connu une nouvelle hausse en juin, porté par les espoirs d’avancée commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, ceux d’une prolongation de la réduction de la production par l’Opep, mais aussi par l’augmentation des tensions politiques (tankers attaqués ou bien saisis par des militaires). Néanmoins, ne nous y méprenons pas, l’accord de l’Opep et la Russie n’a permis que de maintenir les niveaux de prix actuels et d’éviter que ces derniers ne soient tirés vers le bas par une faible demande. Nous restons pour le moment neutres sur le pétrole à court terme. Sur un horizon de plus long terme, et si aucun élément nouveau et négatif sur la macroéconomie mondiale ou le commerce mondial n’apparait, nous passerions surpondérés sur cet actif si le baril WTI venait à se rapprocher des 45$ le baril.

La faiblesse des taux nous conforte dans notre légère surpondération (entre surpondérés et neutres concernant les métaux précieux et le cash). Cette recommandation formulée le mois dernier a pour le moment porté ses fruits grâce à la poursuite du rebond de l’or entamé en mai (+7% en juin).

GRILLE D’ALLOCATION RECOMMANDEE :

 

PERFORMANCE DES DIFFERENTES CLASSES D’ACIFS DEPUIS 1 MOIS :

 

AVERTISSEMENT

Ce document est exclusivement réservé à la clientèle de RHETORES FINANCE. Il ne constitue en aucun cas un conseil d’achat ou de vente. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Il n’existe pas d’actif garanti.