Les marchés américains donnent le « La » de la baisse

CONTEXTE

Ce qu’il s’est passé :

La volatilité sur les marchés financiers s’est de nouveau réveillée début octobre, après avoir sombré depuis avril dernier dans l’atonie. Le VIX, indicateur de la peur sur l’indice large américain S&P 500, a bondi de +40% à la suite d’une vente brutale de son indice de référence (-5,3% en deux jours). La raison principale de cette baisse est, pour une fois, indépendante de Donald Trump. Elle résulte essentiellement de la prise de bénéfices des investisseurs après que les marchés actions américains aient réalisé des performances dépassant les normes historiques au regard de l’environnement de marché dans lequel ils évoluent (+13,9% en 120 jours pour le S&P 500, +18,1% en 105 jours pour le NASDAQ et +16,6% en 107 jours pour le Russell 2000). En effet, dans un contexte où les taux des obligations souveraines progressent, il paraissait surprenant que les marchés, déjà chers, puissent continuer leur hausse.

Cette baisse des marchés américains, qui restent les marchés directeurs mondiaux, n’a pas aidé les actions de la Zone euro, déjà mal en point à cause des craintes relatives au budget du gouvernement de coalition italien. Ce nouveau budget, proposé par l’Italie à ses partenaires européens le 15 octobre, devrait afficher un déficit supérieur à celui initialement annoncé pour les prochaines années. Cet écart aux attentes a créé de la nervosité chez les investisseurs, conduisant à une hausse des taux directeurs italiens (le taux à 10 ans est passé de +2,8% fin septembre à +3,6% début octobre) qui devrait peser sur les agents privés italiens. La contagion aux autres agents privés européens est pour l’instant contenue : le 10 ans espagnol est passé de +1,5% à +1,7% ; le 10 ans portugais de +1,9% à +2,0%. Les investisseurs ont cependant rapidement intégré ces mauvaises nouvelles, l’indice large européen (Euro Stoxx) connaissant une baisse de -7,7% en 11 jours.

Nos prévisions :

Le problème dans des marchés soumis aux aléas politiques est que les certitudes sont toutes relatives. Nous considérons aujourd’hui que trois scénarii sont plausibles en Zone euro :

  • Le nouveau budget du gouvernement italien arrive à fournir une estimation de la trajectoire du déficit du pays « convenable » aux yeux des observateurs, permettant une détente des taux avec un retour au calme progressif.
  • Ce n’est pas le cas et l’économie italienne n’arrivera pas à encaisser le choc de taux élevés pendant quelques mois, poussant la Banque Centrale Européenne à intervenir pour sauver l’Italie, ce qui ramènera les taux vers le bas. Le phénomène de contagion évoqué précédemment pouvant servir de catalyseur à l’action de la BCE, cette dernière prenant alors conscience des risques pour la zone mais seulement après un accès de stress.
  • Nous assistons à un nouveau scénario « à la grec ». Les taux souverains italiens continuent de progresser, la BCE ne bouge pas et un bras de fer s’engage entre l’Italie et les pays de l’Eurogroupe. Dans ce cas, les marchés actions européens entrent en Bear market et les taux des pays périphériques de la Zone euro s’envolent à leur tour. Nous envisageons toutefois ce scénario comme peu probable, même s’il n’est plus à exclure.

 

Côté américain, nous considérons qu’il est trop tôt pour parler de Bear market. Depuis plusieurs mois, nous annonçons que les États-Unis se trouvent dans un environnement de Wave Market (oscillations des marchés actions sans tendance de fond haussière ou baissière). Dans ce contexte, la consolidation actuelle apparait légitime même si sa brutalité n’est pas conventionnelle et pourrait se poursuivre avant un rebond. Si certains secteurs sont clairement survalorisés aux Etats-Unis, la tendance macroéconomique reste très bien orientée à court terme et les résultats au T3 sont encore attendus en forte hausse (les analystes prévoient +19% pour les entreprises du S&P500), ce qui devrait protéger à court terme les actifs risqués.

 

ALLOCATION TACTIQUE

ACTIONS : neutres sur cette classe d’actifs

Les hausses des taux souverains aux Etats-Unis, et les tensions politiques en Europe appellent à la prudence et nous poussent à recommander la neutralité en dépit des corrections récentes.

Du côté américain, si la baisse actuelle s’approche de sa médiane historique (-8,1% pour le S&P 500) dans un environnement de marché de Wave Market, elle n’a pas encore été franchie. Qui plus est, cette dernière ne dure pas depuis longtemps (près de 70% des baisses de plus de 5% ont duré plus longtemps). Enfin, la saison des publications aux Etats-Unis commençant, il ne serait pas inenvisageable qu’en cas de déception les marchés actions américains poursuivent leur tendance baissière actuelle, bien que peu probable au regard des prévisions des analystes. Nous restons donc neutres pour le moment.

En Europe, tant que les incertitudes sur le plan politique ne seront pas levées (Italie et Brexit) il parait difficile de revenir massivement sur les actions. Nous recommandons en conséquence la prudence et la neutralité.

OBLIGATIONS : neutres sur les obligations souveraines

Nous recommandons la neutralité sur l’obligataire souverain en Zone euro pour les mêmes raisons : nous n’envisageons pas que la BCE laisse filer les taux italiens. Cette décision constituerait une erreur de politique monétaire trop flagrante selon nous pour que Mario Draghi fasse le choix de l’attentisme.

Outre-Atlantique, les taux souverains américains nous paraissent toujours attractifs. La raison qui nous pousse à penser que ces derniers ne monteront pas sur des sommets est la même qu’en Italie : les agents privés américains ne disposent pas des capacités financières suffisantes pour faire face à des taux trop élevés.

MATIERES PREMIERES : négatifs sur le pétrole et les commodities hors métaux précieux. Positifs sur les métaux précieux

En dépit de contraintes sur l’offre (notamment sur le pétrole), la faiblesse actuelle des pays émergents nous pousse à passer négatifs sur les commodities hors métaux précieux.

Lors de la dernière réunion de l’OPEP du 22/09, les pays membres et leurs alliés russes ont décidé de ne pas augmenter la production de pétrole malgré les demandes de Donald Trump.

En effet, les pays producteurs ne compensent pas la baisse de production du Venezuela et de l’Iran. Celle du premier a diminué de 35% en août quand celle de l’Iran, 3ème producteur de l’OPEP est déjà en baisse. La demande pour son pétrole diminue suite aux sanctions américaines qui ne seront pourtant appliquées que le 4 novembre prochain.

De leur côté, les américains voient leur production de pétrole de schiste limitée. Ils manquent de pipelines pour acheminer le pétrole en provenance du bassin permien, le plus productif des Etats-Unis. Ceci crée des goulots d’étranglement et limite la hausse de l’offre à court-terme.

Seul le scénario d’une demande mondiale de pétrole en baisse, notamment de la Chine et de certains pays émergents pourrait compenser la baisse de l’offre et équilibrer le marché. Une telle hypothèse n’est aujourd’hui plus à exclure en raison des signes de faiblesse de plus en plus tangibles que donnent les pays émergents. Dans ces conditions, nous estimons que la hausse récente des prix est fragile et ne devrait pas se poursuivre dans les semaines à venir.

Au niveau des métaux précieux, dans un contexte de tension sur les marchés actions et les marchés obligataires dans les pays matures, nous passons de neutres à surpondérés.

 

 

AVERTISSEMENT

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