Marchés actions, un équilibre précaire 

Les fluctuations des indices boursiers s’inscrivent depuis plusieurs mois dans un couloir de consolidation latérale bien défini – dont les bornes se situent schématiquement pour le CAC 40 entre 5200 et 5700 points. Cette stase très relative, et pas toujours quiète, des marchés actions peut se prolonger un certain temps, tant que perdure lui-même l’équilibre entre forces négatives et positives qui animent la bourse.

Parmi les facteurs de leste du marché, la dégradation des fondamentaux économiques prime. Le commerce international pour la première fois depuis 2009 a reculé lors des trois trimestres écoulés, une indication explicite du basculement, sous la houlette de l’administration Trump, d’un cycle d’ouverture des échanges à un cycle de fermeture. L’activité manufacturière en paie les pots cassés. Son affaiblissement est notable, que traduit la détérioration spectaculaire d’un nombre impressionnant d’indicateurs d’activité industrielle de par le monde, Etats-Unis compris. La croissance mondiale s’en trouve bien sûr affectée, le ralentissement est prononcé. Toutefois, il demeure soutenable. Pour une unique raison : il reste cantonné au secteur manufacturier, et l’on a beau chercher, étonnamment, aucune contagion de la déprime industrielle au secteur des services ne se donne à voir. Pour l’heure… car si le commerce international poursuit son reflux au cours des prochains trimestres, les services ne pourront pas y être imperméables ad vitam, et le scénario de la récession se substituera inéluctablement à celui du ralentissement. Néanmoins, se projeter aujourd’hui dans un tel cas de figure demeure prématuré. Pourquoi ? Parce protègent encore le secteur des services de la contamination des conditions de financement extraordinaires. A la différence de 2018, où pour la plupart elles s’engageaient dans la normalisation de leur politique monétaire, faisant frémir des marchés actions qui, ne l’oublions pas, ont abandonné 20 % entre mai et décembre, les banques centrales, actuellement, ne ménagent pas leurs efforts et maintiennent l’économie mondiale la tête hors de l’eau.

Dans ces conditions, le timing demeure décisif pour une allocation efficiente et éminemment tactique qui commande de s’alléger sur les actions après une hausse de 7 à 8% et en réintégrer à son portefeuille après une baisse de la même ampleur. Et ce comportement devra prévaloir tant que l’équilibre entre forces négatives et forces positives ne sera pas rompu. Cela ne parait pas devoir être immédiatement le cas, mais il ne faut pas non plus se bercer d’illusion quant au maintien éternel de ce statu quo.

L’équilibre entre forces contraires s’avère redoutablement précaire. Il n’est en effet pas dit que certaines banques centrales ne se heurtent pas à l’impossibilité d’en faire toujours plus, et l’on songe en l’occurrence, à la Banque Centrale Européenne. La BCE se trouve même à nos yeux coincée entre le marteau et l’enclume. L’économie européenne est sans conteste l’une des plus affectées par le ralentissement mondial, le coup de frein donné aux échanges internationaux ne pouvant que pénaliser une zone fortement tournée vers l’export ; pour autant, on sent la BCE un peu frileuse à déployer tout l’arsenal monétaire dont elle dispose pour endiguer cette dégradation de l’activité du Vieux Continent, car le ferait-elle, elle s’exposerait sans coup férir à la vindicte de l’administration Trump, toujours à l’affût de bouc émissaires. Il est hautement probable que toute prodigalité monétaire de la BCE qui affaiblirait davantage l’euro face au dollar entrainerait de la part de l’actuel résident de la Maison Blanche des accusations de manipulation des changes, un prétexte idéal pour infliger une hausse des tarifs douaniers à l’automobile allemande ou… au luxe français (c’est d’ailleurs déjà le cas avec la future hausse des taxes de 25% actée sur le vin français, en représailles au vieux conflit sur la subvention de l’aéronautique). Ces attaques contre les moteurs de la croissance en Europe assombriraient soudainement les perspectives économiques et financières. Elles mettraient un terme à l’équilibre des forces et feraient sans nul doute entrer les marchés dans une phase de correction profonde. En attendant, une vision tactique doit l’emporter.