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Actualités financières Dettes privées
01 avril 2026

Dette Privée Evergreen : Panique Injustifiée ou Signal d’Alarme Réel ? Analyse de marché – Dette Privée

Faillites, restrictions de rachats, risque d'obsolescence IA : depuis fin 2025, la dette privée traverse sa première période de turbulences visibles. Décryptage rationnel et convictions d'allocation.

Les 3 chocs qui ont secoué le marché

Pour comprendre le sentiment actuel, il faut nommer avec précision les trois phénomènes qui se sont cumulés depuis l’automne 2025. Car ce sont trois chocs de nature très différente, qu’il serait dangereux d’agréger en une seule narrative catastrophiste.

Choc n°1 — La vague de faillites liées à des fraudes

Entre septembre 2025 et février 2026, plusieurs dossiers de dette privée se sont révélés toxiques, non pas pour des raisons macroéconomiques, mais à cause de fraudes et de défaillances de due diligence sur des dossiers en majorité sans sponsor de private equity.

Société Secteur Problème identifié Date
Tricolore Auto Distribution crédit auto Fraude Faux comptes · sans sponsor PE Sept. 2025
First Brands Pièces automobiles Crédit faible Sans sponsor PE Sept. 2025
MFS (UK) Prêt relais Fraude, Faux chiffres · sans sponsor PE Fév. 2026
Point commun déterminant. Ces trois dossiers présentent un dénominateur commun : l’absence de sponsor significatif de private equity. Ce ne sont pas des entreprises accompagnées, auditées et suivies par un fonds PE, c’est du crédit direct sur des actifs insuffisamment documentés et sans tiers disciplinant la gouvernance.

Choc n°2 — Le SaaS Apocalypse et le risque IA

En février 2026, Anthropic lance Claude Cowork et sa version Opus 4.6 permettant de relier simplement des agents IA aux logiciels les plus utilisés par les entreprises. L’événement déclenche une onde de choc sur les valorisations des logiciels financés à fort levier. La peur du marché est simple et brutale : les SaaS financés avec beaucoup de dette sont-ils en danger d’obsolescence technologique accélérée ?

Orlando Bravo, cofondateur de Thoma Bravo, premier fonds de private equity mondial spécialisé dans le logiciel d’entreprise, avec plus de 600 acquisitions et 77 sociétés en portefeuille générant 30 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, a été parmi les premiers à nommer la réalité frontalement : certaines sociétés de logiciels touchées par l’IA subissaient des baisses de valorisation justifiées. Et d’ajouter que nombre des noms impactés le “méritaient”.

« Le logiciel, ce n’est pas le code ni la technologie. Le logiciel, c’est la connaissance métier »

Orlando Bravo — Cofondateur, Thoma Bravo

La leçon d’Orlando Bravo est précieuse : tous les logiciels ne se valent pas face à l’IA. Ce qui est en danger, c’est le logiciel générique, celui qui se résume à “une interface graphique acceptable sur du code indifférencié”, reproductible par des agents IA. Ce qui résiste, voire s’apprécie, c’est le logiciel de spécialité, porteur d’une connaissance métier accumulée sur des années.

Choc n°3 — Les gates sur les fonds evergreen américains

Le troisième choc a été le plus visible médiatiquement : plusieurs grands fonds evergreen de dette privée ont temporairement restreint les rachats courant 2025-2026.

HPS -> 🇺🇸 États-Unis -> Gate temporaire

BlackRock -> 🇺🇸 États-Unis -> Gate temporaire

Blue Owl -> 🇺🇸 États-Unis -> Gate temporaire

Blackstone -> 🇺🇸 États-Unis -> Gate temporaire

La mécanique est classique : les demandes de rachat ont dépassé la capacité normale de 5 % de la NAV par trimestre, déclenchant les mécanismes de gate prévus contractuellement. Ce n’est pas un défaut, c’est une restriction temporaire prévue dans les documents d’information.

Fait clé à retenir. Tous les fonds concernés par ces gates sont essentiellement investis sur des dettes privées d’entreprises américaines. À la date de rédaction de cet article, aucun fonds européen de dette privée evergreen n’a appliqué de restriction de rachat. Le marché européen n’a pas connu ces problèmes.

Notre analyse. Faites la part des choses

Quand on analyse ces dossiers de façon rationnelle et qu’on les discute directement avec les gérants, le côté anxiogène disparaît presque immédiatement. Le marché a amalgamé trois phénomènes distincts dans une seule narrative de crise. C’est une erreur d’analyse que nous ne devons pas commettre avec nos clients.

Sur le risque de défaut

Le défaut est le risque inhérent au crédit. Les entreprises peuvent dévisser, il peut y avoir de la fraude. Ce n’est pas nouveau. La vraie question n’est pas “y a-t-il des défauts ?” , il y en aura toujours, mais : les gérants ont-ils bien fait leur travail de sélection ?

Les bonnes questions à se poser sur un fonds de dette privée sont :

  • Le fonds est-il suffisamment diversifié en nombre de lignes ?
  • Quel est le niveau de levier octroyé aux entreprises financées ?
  • Y a-t-il du levier dans le fonds lui-même (leverage au niveau du véhicule) ?
  • Les entreprises financées ont-elles un sponsor PE qui garantit discipline et gouvernance ?
  • Quelle est la track record du gérant sur les cycles précédents ?

Les trois faillites évoquées en section 1 sont des cas de mauvaise sélection, pas d’une défaillance structurelle de la classe d’actifs. La différence est fondamentale.

Sur le risque IA dans les logiciels

L’intelligence artificielle introduit un nouveau facteur d’analyse pour les portefeuilles de dette privée exposés au logiciel. Mais il ne faut pas confondre un risque sectoriel réel et un risque généralisé qui toucherait l’ensemble des actifs logiciels.

Les bonnes questions à se poser sont :

  • Existe-t-il un risque d’obsolescence technologique à court ou moyen terme ?
  • Le client peut-il facilement changer de solution (faibles coûts de switching) ?
  • Y a-t-il des barrières à la sortie solides (certifications, intégrations critiques) ?
  • Le logiciel traite-t-il des données réglementées ou des processus certifiés ?

Comme l’a rappelé Orlando Bravo lors de la journée investisseurs de Thoma Bravo à Miami, certains actifs sont structurellement protégés, notamment lorsqu’ils traitent des données critiques, sont intégrés dans des processus réglementés, ou nécessitent des certifications étatiques. Dans ces cas, l’IA représente un risque très limité à court et moyen terme et représente même une opportunité de croissance du marché sous-jacent.

Sur la liquidité des fonds evergreen de dette privée

Un fonds evergreen de dette privée n’est pas un OPCVM monétaire. Sa liquidité est organisée, structurée, mais elle n’est pas garantie. Rappelons la mécanique :

  • 20% Poche de liquidité dédiée (obligatoire) pour honorer les rachats
  • 5% NAV par trimestre, capacité normale de rachat sans gate

À cette structure s’ajoutent les intérêts des prêts et des remboursements naturels liés aux cycles du private equity, à mesure que les entreprises financées remboursent leur dette ou sont cédées, le capital revient dans le fonds. C’est une liquidité organisée, pas une liquidité garantie. Les gates déclenchés aux États-Unis signifient simplement que la structure a fonctionné comme prévu, pas qu’elle est défaillante.

Le message aux investisseurs

Après cette analyse, trois convictions s’imposent pour tout investisseur exposé ou qui envisage d’être exposé à la dette privée evergreen.

  1. La qualité du gérant prime. Distinguez les fonds qui ont bien géré leur liquidité de ceux qui ne l’ont pas fait. Ce n’est pas la classe d’actifs qui est en cause, c’est la qualité du gérant et la rigueur de sa sélection.
  2. Le marché européen tient. Les fonds européens n’ont pas connu ces problèmes à ce jour. L’exposition au marché européen de dette privée reste une allocation saine, à distinguer nettement de l’exposition américaine.
  3. La classe d’actifs reste incontournable. La dette privée demeure l’une des rares classes d’actifs offrant un rendement réel positif avec une visibilité sur les flux. Pour un patrimoine bien construit, elle reste essentielle, à condition de choisir les bons gérants.
Synthèse RHETORES. Ce que nous traversons n’est pas la crise de la dette privée. C’est la révélation des fonds qui avaient mal géré leur sélection et leur liquidité. Dans chaque période de stress, le marché fait le tri. Notre rôle est de s’assurer que nos clients sont du bon côté de ce tri, avec des gérants disciplinés, des portefeuilles diversifiés, et une exposition géographique calibrée.

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