Prudence après un rebond impressionnant 

 

CONTEXTE

Ce qu’il s’est passé :

La réponse budgétaire et monétaire à la pandémie de Covid-19 est sans précédent, en termes de rapidité et de montants engagés. Les banquiers centraux et les gouvernements surenchérissent les uns après les autres avec des mesures de relance de plus en plus importantes (le G20 a promis le 26 mars dernier une aide cumulée de 5.000 milliards de dollars, ce qui donne une idée des montants pharaoniques en jeu).

Et cela pour une raison simple : chaque mois de confinement coûtera environ 2 à 3% de points de PIB à l’économie sur l’année 2020. Et comme vous le savez déjà, les confinements se sont généralisés jusqu’au début du mois de mai en Europe, quand les Etats-Unis sont devenus depuis fin mars l’épicentre de la propagation du Covid-19 avec plus de 600.000 cas déjà recensés aujourd’hui. Si D. Trump espère pouvoir relancer l’économie américaine dès la fin du mois d’avril, il nous semble bien trop optimiste de penser que tout pourra repartir de plus belle dès le mois de mai aux Etats-Unis alors que ces derniers ont particulièrement mal géré cette crise sanitaire.

Le climat globalement moins anxiogène lié à un plafonnement voire à un reflux des victimes de l’épidémie et le fort soutien des gouvernements et banquiers centraux ont ainsi permis aux marchés actions de rebondir depuis la mi-mars avec un retracement de près de 50% de la baisse initiale aux US et 40% en Europe.  Nous recommandons désormais à nouveau la prudence sur les marchés actions, estimant que les niveaux actuels ne devraient pas être soutenables à moyen terme.

Nos prévisions :

Si les marchés actions ont repris du poil de la bête depuis maintenant bientôt un mois après une chute historique, il ne faut pour autant pas confondre accalmie et fin de la crise pour les marchés actions !

En effet, les 6 longs marchés baissiers survenus depuis 90 ans (années 30 compris) sont tous marqués par des « moments de pause » durant lesquels les investisseurs estiment que les forces négatives sont compensées par des forces positives. Or, aujourd’hui, nous observons une certaine compensation entre des éléments macroéconomiques très négatifs, des mesures d’ordre budgétaire et monétaire indéniablement positives et des nouvelles moins anxiogènes (et donc interprétées de manière positive par les investisseurs) sur le front de la crise sanitaire.

Selon nous, cela devrait permettre aux marchés actions américains et européens d’évoluer dans un tunnel horizontal durant quelques semaines (Wave market), avant de connaitre un nouvel accès de faiblesse provoqué par la prise de conscience des pertes à venir en termes de profitabilité des entreprises, les analystes financiers n’ayant pour le moment pas encore suffisamment ajusté à la baisse leur prévisions de résultats 2020.

ALLOCATION TACTIQUE

Différentes recommandations peuvent être adoptées sur les marchés actions. Pour les personnes à même de suivre les marchés actions quotidiennement, et ainsi de profiter pleinement de rebonds techniques, nous recommandons de sous-pondérer fortement les actions à court terme, tout en étant prêt à rentrer très rapidement une fois qu’une respiration de l’ordre de -8%/-9% aura été constatée. Pour des investisseurs moins actifs, nous recommandons d’être sous-pondéré, en attendant que le point bas définitif ait été atteint dans les mois à venir.

Côté obligataire, notre avis n’a pas évolué depuis le mois précédent : nous restons positifs à court terme pour le souverain, au vu de l’afflux de liquidités en provenance des banques centrales, et restons très prudents vis-à-vis des obligations corporates les moins bien notées, en Europe comme aux Etats-Unis.

ACTIONS : sous-pondérés

Après avoir recommandé de surpondérer les marchés actions européens pour les profils les plus dynamiques dans notre précédente allocation de mars – après une baisse historique en ligne droite de -37,9% en Europe – nous estimons qu’il est désormais souhaitable de redevenir prudent à court terme après un rebond total de 21,5% soit un retracement de 40% de la baisse initiale.

En effet, rappelons que notre scénario actuel est celui d’une période d’accalmie dans un marché baissier de long terme. Dans ces conditions, nous préférons devenir tactiquement prudents à court terme et nous redeviendrons plus agressifs après un segment de baisse typique d’un environnement de Wave Market (soit une baisse de l’ordre de -8%/-9%). Surtout que dans les semaines à venir, les seules informations tangibles que nous obtiendrons des entreprises concerneront les paiements de dividendes et les rachats d’actions… suspendus. Ces mauvaises nouvelles nous paraissent encore largement ignorées.

Il en va de même pour les marchés américains : un rebond conséquent s’est matérialisé sur les actions US , permettant au S&P 500 de regagner près de la moitié de ses pertes en 3 semaines (+25%). Tout comme en Europe, nous estimons que les niveaux actuels devraient constituer un plafond pour les actions américaines.

OBLIGATIONS : neutres au global, mais toujours positifs sur le souverain

Notre point de vu n’a pas changé depuis le mois dernier : la prise de conscience de la BCE – dont les premières mesures avaient été jugées inefficaces – n’a pas trainé (dans la nuit du 18/03) et a permis de limiter les dégâts. En effet, la BCE a annoncé un plan de rachats d’actifs de 750 milliards d’euros qui iront à la fois sur l’obligataire souverain et sur le l’obligataire corporate. Et le discours associé indique que ce montant pourra être augmenté si besoin. Conséquence immédiate, les taux souverains ont tous reflué en zone euro.

Du côté des obligations corporates, les spreads ont naturellement explosé avec la perspective d’une décrue massive et historique du PIB au T2 2020… Toutefois, le compartiment BBB ou le High Yield paraissent encore largement en dessous des niveaux atteints lors des précédentes crises (2008-2009 et 2011-2012), laissant ainsi apparaitre un potentiel de baisse restant substantiel pour cette classe d’actifs, que nous continuons de sous-pondérer à court et moyen terme.

Le scénario a été identique aux Etats-Unis, la Réserve fédérale ayant eu le mérite d’être intervenue plus tôt que la BCE dans cette crise. Mais il reste des dangers qui pourraient provoquer une chute des marchés malgré tous les efforts récents de la banque centrale. Le principal risque vient du financement des entreprises, beaucoup plus risqué aux Etats-Unis qu’en Europe. Nous conservons donc notre surpondération de l’obligataire souverain et notre sous-pondération des obligations corporate les moins bien notées pour la même raison que nous étions sous-pondérés au cours des derniers mois : les entreprises HY américaines sont pour beaucoup des entreprises de pétrole de schiste qui vont être on ne peut plus impacter par la chute historique des prix du pétrole.

Concernant les émergents, nous restons sous-pondérés tant que nous ne disposerons pas de signaux tangibles d’amélioration de la conjoncture et de visibilité sur la résilience de leurs modèles économiques dans un monde moins ouvert (sans compter que l’impact de la crise sanitaire actuelle va être très violent pour les pays émergents, dont le modèle économique est basé sur les exportations…).

MATIERES PREMIERES : neutres sur les commodities, légèrement positifs sur les métaux précieux

Le ralentissement économique se poursuit et rend selon nous peu probable une reprise durable des prix des matières premières (hors pétrole) à moyen terme.

Concernant l’or noir, si un accord a été trouvé, plusieurs questions restent toutefois en suspens : D. Trump sera-t-il prêt à faire baisser la production américaine au vu des problèmes financiers que rencontrent actuellement les exploitants de pétroles américains surendettés (et dont le spread de taux a explosé) ? Les pays producteurs auront-ils la capacité à passer réellement de la parole aux actes quant à la baisse de production effective de pétrole ? Dans ces conditions, il n’est donc pas impossible de revoir les cours du pétrole repartir à la baisse dans les prochains jours.

Concernant les métaux précieux, l’or a rebondi en même temps que l’ensemble des autres actifs pour réatteindre ses précédents points hauts. L’afflux de liquidités à travers le globe devrait continuer de favoriser l’or en jouant à la baisse sur les taux souverains et en limitant le besoin de disposer de cash comme cela a été le cas fin mars.

GRILLE D’ALLOCATION RECOMMANDEE :

PERFORMANCE DES DIFFERENTES CLASSES D’ACIFS DEPUIS 1 MOIS :

AVERTISSEMENT

Ce document est exclusivement réservé à la clientèle de RHETORES FINANCE. Il ne constitue en aucun cas un conseil d’achat ou de vente. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Il n’existe pas d’actif garanti.

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