Marchés actions : jusqu’à quand l’euphorie pourra-t-elle durer ?

 

CONTEXTE

Ce qu’il s’est passé :

La seconde moitié du mois de janvier fût essentiellement marquée par l’apparition du Coronavirus en Chine. Si les craintes d’un fort ralentissement en Chine ont d’abord fait trembler les marchés suite aux confinements de nombreux citoyens chinois et à l’arrêt concomitant de nombreuses usines dans le pays, les investisseurs ont très vite été rassurés par la baisse du rythme de propagation du virus permise grâce aux mesures draconiennes mises en place par le gouvernement chinois, alors que le taux de mortalité reste relativement contenu (environ 2%). Conséquence, les marchés sont repartis de plus belle pour refranchir leurs précédents sommets au cours des derniers jours, rien ne semblant pouvoir stopper leur ascension.

Et ce n’est pas l’actuelle saison de publications des résultats trimestriels du 4ème trimestre 2019 qui a calmé les ardeurs : aux Etats-Unis, celle-ci se déroule mieux qu’initialement envisagé par les analystes. En effet ces derniers s’attendaient – il y a encore quelques semaines – a une nouvelle baisse (de l’ordre de -2%) des profits des entreprises composant le S&P500 (soit un 4ème trimestre consécutif de baisse). Alors que près de 70% des sociétés ont désormais publié, les profits agrégés sont attendus en hausse d’un peu mois de +1%, signe que la microéconomie américaine se porte convenablement malgré un contexte tendu sur le front du commerce international.

Nos prévisions :

Les marchés semblent acter le fait que l’épidémie actuelle du Coronavirus ne devrait pas impacter plus fortement l’économie que les cas précédents au cours des 20 dernières années. Cette interprétation nous parait toutefois hasardeuse à ce stade : d’une part la virulence de la réponse des autorités, qui est une bonne nouvelle sur le plan sanitaire, aura un coût économique bien supérieur à l’épisode du SRAS de 2003 pour l’économie chinoise, d’autre part l’intégration bien plus forte de cette dernière à l’économie mondiale qu’à l’époque (16% du PIB mondial aujourd’hui contre 4% en 2003) et l’interdépendance des chaines de production ayant été décuplée, rendent bien trop optimistes les projections de croissance mondiale pour l’année, mais aussi d’anticipations de bénéfices.

Seule les forces de rappel liées à l’afflux de liquidités mises à disposition par les différentes banques centrales permettent encore aux marchés d’afficher une résilience à toute épreuve. Nous estimons toutefois que les investisseurs commencent à faire preuve d’une légère condescendance vis-à-vis des actifs risqués, considérant toutes les nouvelles, bonnes comme mauvaises, comme prétexte poussant les actions vers le haut. Dans ces conditions, même si nous restons relativement optimistes à moyen terme, nous recommandons la prudence à court terme, estimant qu’une respiration devient nécessaire sur les marchés actions avant de reprendre du risque sur des niveaux plus raisonnables qu’aujourd’hui.

Côté obligataire, nous repassons neutres à court terme après notre pari gagnant du mois dernier avec le repli des taux en Europe comme aux Etats-Unis. Enfin, nous restons neutres sur l’or à court terme après le fort rebond du début d’année. Nous restons cependant toujours positifs sur les métaux précieux à moyen terme, la faiblesse persistante des taux souverains pavant la voie à l’appréciation durable de ces derniers à moyen et long terme.

ALLOCATION TACTIQUE

ACTIONS : sous-pondérés

Depuis notre dernière allocation de mi-janvier, les marchés actions en Europe et aux Etats-Unis ont poursuivi leur hausse pour atteindre respectivement +2,5% et +3,5%, et cela malgré les craintes liées au Coronavirus. L’euphorie semble avoir ainsi gagné les investisseurs, subjugués notamment par les géants de la tech aux Etats-Unis : depuis le début de l’année, près de 70% de la hausse du S&P500 s’explique par la performance de seulement 4 sociétés : Microsoft, Apple, Amazon et Google… La concentration de plus en plus forte des paris des investisseurs sur un nombre très réduit d’entreprises rend selon nous les fondations de la hausse récente des actifs risqués fragile. Cela nous pousse à recommander de profiter du niveau actuellement élevé des marchés actions pour prendre progressivement ses bénéfices, dans l’optique de revenir sur des niveaux plus attractifs par la suite. Un des éléments susceptibles de jouer le rôle de catalyseur de la consolidation attendue pourrait venir du fait que les analystes n’ont pas encore intégré dans leurs prévisions de bénéfices des entreprises européennes et américaines l’impact de la crise sanitaire actuelle en Chine… ce qui ne saurait tarder.

Concernant les actions émergentes, nous estimons depuis de nombreux mois maintenant que le manque de perspectives quant à la résilience des modèles économiques de ces pays est tel qu’il faut recommander une sous-pondération durable de cette classe d’actifs tant que nous ne disposerons pas de signaux tangibles d’amélioration. Si les jours récents sont parvenus à apaiser le stress lié au coronavirus, il n’en reste pas moins que le coût économique de cette crise renforce notre préférence pour les actions des pays riches par rapport à celles des pays émergents.

OBLIGATIONS : neutres

Les taux ont largement reflué en janvier avec les craintes liées à l’épisode du Coronavirus chinois. Ils ont ainsi retrouvé leurs niveaux d’octobre dernier, ce qui a fait notamment repasser les taux à 10 ans français en territoire négatif. La palme revient pourtant aux taux souverains italiens, qui ont bénéficié de la chute de la prime de risque politique après l’échec relatif de Mateo Salvini lors des élections de fin janvier. Cela a conduit à une baisse substantielle du taux à 10 ans italien, passé de 1.3% à 0.7% en quelques jours. Nous recommandons de prendre ses bénéfices et d’adopter la neutralité à court terme vis-à-vis de cette classe d’actifs. Notez tout de même qu’au regard des perspectives de croissance limitées en zone euro pour 2020, nous considérerons toute remontée substantielle des taux comme une opportunité pour redevenir ponctuellement acheteur des obligations souveraines de la zone euro.

Nous repassons également neutres sur l’obligataire corporate Investment Grade (sociétés les mieux notées) en zone euro, qui devrait continuer à évoluer en ligne avec l’obligataire souverain pendant les prochains mois. L’obligataire des entreprises mal notées (dites High Yield) a connu une très légère tension au cours du mois de janvier. Dans un contexte où la conjoncture reste dégradée sur le Vieux continent, nous maintenons notre recommandation de prudence vis-à-vis de cette classe d’actifs, les entreprises émettrices étant les plus susceptibles de souffrir d’un ralentissement conjoncturel.

Les obligations d’Etat à 10 ans américaines ont suivi le même chemin qu’en Europe, les taux étant passés de 1,9% à 1,5% à fin janvier avant de légèrement rebondir autour de 1,65% en ce début février. Comme expliqué depuis plusieurs mois, nous ne nous attendons pas à une remontée des taux américains sur les niveaux de 2017 ou 2018, au regard du léger ralentissement de la première économie mondiale et du positionnement très agressif de la Banque Centrale américaine pour soutenir les marchés… Les taux américains devraient en conséquence s’installer durablement sur des niveaux situés entre 1,5% et 2%. Les niveaux actuels nous amènent donc à recommander la neutralité sur l’obligataire souverain US à court terme, tout comme sur l’obligataire corporate Investment Grade et à sous-pondérer l’obligataire corporate High Yield.

Concernant les émergents, nous restons sous-pondérés tant que nous ne disposerons pas de signaux tangibles d’amélioration de la conjoncture et de visibilité sur la résilience de leurs modèles économiques dans un monde moins ouvert.

MATIÈRES PREMIÈRES : sous-pondérés sur les commodities, neutres sur les métaux précieux

L’apparition du Coronavirus à largement tiré les prix de l’or noir vers le bas, les investisseurs anticipant une baisse de la demande globale à court terme au vu des mesures drastiques mises en place par le gouvernement chinois. Notre recommandation n’a pas changé pour le pétrole (WTI) : celui-ci devrait évoluer durablement dans un range de 40$-60$ et toute sortie hors de ce canal peut être une opportunité à l’achat ou à la vente sur cet actif. Nous restons sous-pondérés sur l’ensemble des matières premières industrielles qui devraient connaitre une baisse généralisée au vu du ralentissement économique qui se poursuit.

L’or est quant à lui resté relativement stable depuis notre précédente publication, proche de ses plus hauts historiques en euros. Nous restons positifs à moyen terme sur cette classe d’actifs, la faiblesse des taux renforçant naturellement son attractivité, mais conservons notre position neutre à court terme au regard du chemin parcouru depuis quelques mois.

 

GRILLE D’ALLOCATION RECOMMANDÉE :

 

PERFORMANCE DES DIFFÉRENTES CLASSES D’ACIFS DEPUIS 1 MOIS :

 

AVERTISSEMENT

Ce document est exclusivement réservé à la clientèle de RHÉTORÈS FINANCE. Il ne constitue en aucun cas un conseil d’achat ou de vente. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Il n’existe pas d’actif garanti.

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