Le cru 2020 sera-t-il aussi bon que le millésime 2019 ?

 

CONTEXTE

Ce qu’il s’est passé :

Depuis le début de la décennie 2010, le seul véritable déterminant des marchés reste l’interventionnisme des Banques Centrales. C’est ce qu’a confirmé l’année 2019, et ce, quelles que soient les dynamiques macroéconomiques, microéconomiques, politiques et mêmes géopolitiques.

Dans ces conditions, le retour en force des politiques de Quantitative Easing partout dans le monde (et plus particulièrement de la FED qui, rappelons-le, a changé de cap avec la nouvelle augmentation de la taille de son bilan via un nouveau plan de rachat d’actifs à la mi-octobre 2019) est indéniablement une bonne nouvelle pour les actifs financiers à moyen terme, en recréant un puissant effet reflationniste bénéficiant à tous les actifs. D’ailleurs, ces conditions nous avaient poussé à réinjecter du risque dans nos allocations stratégiques dès le mois d’octobre dernier, suite aux annonces réalisées en ce sens par la Fed.

De plus, les bonnes nouvelles sur le plan géopolitique ont rassuré les marchés : l’accord « phase 1 » entre les Etats-Unis et la Chine vient d’être signé, et les tensions avec l’Iran se sont résorbées aussi rapidement qu’elles sont apparues.

Nos prévisions :

L’activisme des Banques Centrales permet d’éliminer le scénario d’un asséchement global de liquidités pour l’ensemble des actifs financiers à moyen terme, nous amenant à considérer l’environnement des marchés actuels comme légèrement positif.

Pour autant, nous n’allons pas jusqu’à qualifier l’environnement de marchés de Bull Market (marché durablement haussier) comme lors des épisodes des années 2012 ou 2016. En effet, les fondamentaux nous semblent aujourd’hui plus fragiles que par le passé dans un contexte où les niveaux de valorisation sont tels qu’ils ne supporteront pas la moindre déception et où le creusement généralisé des déficits publics augmente désormais les besoins de financement. Cela nous amène à anticiper un effet positif moins puissant des politiques monétaires actuelles notamment sur les actifs risqués.

En conséquence, si nous recommandons à 6 mois une allocation stratégique légèrement agressive, nous privilégions la prudence à très court terme, la probabilité pour que les investisseurs cherchent un prétexte pour prendre leurs bénéfices nous apparaissant relativement élevée au regard des standards historiques…

Sur les marchés actions, nous continuons de préférer structurellement les pays riches (et plus spécifiquement les Etats-Unis) aux pays émergents, même si ces derniers pourraient bénéficier d’un rebond lié à l’apaisement des tensions sino-américaines. Pour les pays riches, notre point de vue n’a pas changé depuis le mois dernier, nous recommandons toujours la prudence à court terme après le rebond généralisé des marchés actions depuis le 15 août dernier (+15,2% pour l’Euro Stoxx et +15,6% pour le S&P 500). Les publications de résultats des entreprises pour le 4ème trimestre 2019 aux Etats-Unis sera surement le catalyseur du prochain mouvement de correction sur les marchés, à moins que ceux-ci ne surprennent très positivement (ce qui n’est pas notre scénario principal).

Côté obligataire, nous restons neutres à surpondérés à court terme après le léger rebond des taux en Europe comme aux Etats-Unis.

Enfin, nous repassons neutres sur l’or à court terme après le fort rebond qui s’est matérialisé suite aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Nous restons cependant toujours positifs sur les métaux précieux à moyen terme, la faiblesse persistante des taux souverains pavant la voie à l’appréciation durable de ces derniers à moyen et long terme.

ALLOCATION TACTIQUE

ACTIONS : neutres à sous-pondérés

La hausse des marchés actions a été relativement contenue en Europe depuis notre précédente publication (entre +1,3% et +2,0% en fonction des pays de la zone euro) alors que l’euphorie semble continuer sur les marchés actions américains (entre +4,0% et +6,0% en fonction des indices et des secteurs) qui continuent de battre des niveaux records (le S&P500 fleurte dorénavant avec les 3300 points). Nous recommandons ainsi de profiter de la poursuite de la hausse pour désensibiliser progressivement son portefeuille au risque actions, dans l’optique de revenir sur des niveaux plus attractifs par la suite. En effet, si le soutien massif des banques centrales justifie en partie l’euphorie actuelle (suite à l’annonce du « Not QE » , le S&P500 a progressé de +8,8%, soit quasiment autant que le bilan de la Fed sur la même période qui a augmenté de +5,7%), la faiblesse actuelle de la microéconomie (les profits des entreprises américaines sont encore attendus en légère baisse pour le quatrième trimestre consécutif) – fondement même de la valorisation des sociétés – devrait limiter le potentiel de hausse des à moyen terme. Dans ce contexte, nous recommandons d’être neutres à sous-pondérés afin de pouvoir revenir sur des niveaux plus attractifs dans les semaines à venir, que cela soit sur les actions européennes ou américaines.

Concernant les actions émergentes, nous estimons depuis de nombreux mois maintenant que le manque de perspectives quant à la résilience des modèles économiques de ces pays – qui plus est dans un contexte de tensions persistantes entre les Etats-Unis et la Chine – est tel qu’il faut recommander une sous-pondération durable de cette classe d’actifs tant que nous ne disposerons pas de signaux tangibles d’amélioration. Nous préférons en conséquence les actions des pays riches à celles des pays émergents.

OBLIGATIONS : neutres à surpondérés

Le rebond des taux souverains européens débuté mi-2019 s’est terminé début novembre. Depuis lors, les taux stagnent, l’Allemagne étant le seul pays dont le 10 ans reste en territoire négatif. Au regard des perspectives pour 2020, nous considérons toute remontée substantielle des taux comme une opportunité pour redevenir acheteur des obligations souveraines. Après le rebond récent, nous sommes donc neutres à surpondérés sur l’obligataire souverain européen et américain.

Concernant l’obligataire corporate, nous restons neutres à surpondérés sur cette classe d’actif qui devrait continuer à évoluer en ligne avec l’obligataire souverain. L’obligataire des entreprises mal notées (dites High Yield) est quant à lui resté relativement stable sur un mois. Néanmoins, les taux de ces dernières étant plus sensibles à la conjoncture macro que l’Investment Grade, nous conservons une sous-pondération structurelle vis-à-vis de ces derniers.

Nous recommandons ainsi d’être neutre voir légèrement surpondérés à court terme vis-à-vis des obligations souveraines et corporate Investment Grade des pays riches. Concernant les émergents, nous restons sous-pondérés tant que nous ne disposerons pas de signaux tangibles d’amélioration de la conjoncture (notamment pour un pays comme le Brésil qui a vu ses taux énormément baisser depuis septembre 2018, ou encore pour l’Inde qui a « manipulé » son taux de croissance depuis 10 ans en le surévaluant d’environ 2,5% chaque année).

Enfin, nous préférons toujours la prudence vis-à-vis des obligations corporate High Yield dans leur globalité (américaines et européennes), tant le risque intrinsèque de cette classe d’actifs est comparable à celui des marchés actions.

MATIERES PREMIERES : sous-pondérés sur les commodities, neutres sur les métaux précieux

Dans un contexte de ralentissement généralisé, peu de facteurs permettent d’envisager une véritable sortie par le haut pour le pétrole quand les anticipations de la demande restent faibles. Seules des tensions géopolitiques peuvent selon nous orienter durablement le prix de l’or noir vers des niveaux plus élevés. L’évolution des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran est évidemment l’élément qui décidera des prix du pétrole à court terme, à travers le gonflement, ou non, d’une prime de risque géopolitique.

Concernant les métaux précieux, les tensions au Moyen-Orient auront poussé le métal jaune vers les 1600 $/once. Au regard de l’absence d’escalade dans le conflit entre les Etats-Unis et l’Iran, nous passons neutres à court terme, mais restons fondamentalement positifs à moyen terme, la faiblesse persistante des taux souverains pavant la voie à l’appréciation durable de ces derniers.

GRILLE D’ALLOCATION RECOMMANDEE :

 

PERFORMANCE DES DIFFERENTES CLASSES D’ACIFS DEPUIS 1 MOIS :

AVERTISSEMENT

Ce document est exclusivement réservé à la clientèle de RHETORES FINANCE. Il ne constitue en aucun cas un conseil d’achat ou de vente. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Il n’existe pas d’actif garanti.

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