Les Banques Centrales, ces super-héros de la finance moderne ?

 

CONTEXTE :

Ce qu’il s’est passé :

Le début du mois de juin a été essentiellement marqué par la reprise des velléités de domination commerciale de Donald Trump vis-à-vis de ses différents partenaires commerciaux. Après avoir fait plier le Mexique en lui imposant de renégocier un accord commercial avec les Etats-Unis, le président américain a récemment remis la pression sur l’Empire du Milieu en menaçant d’appliquer dès la fin du mois de juin de nouvelles taxes douanières (sur 300 milliards de biens importés de Chine) si Xi Jinping refusait de le rencontrer en marge du G20. Pourtant, la Chine semble de moins en moins encline à accepter cette réunion forcée, alors qu’elle lutte intérieurement pour maintenir son économie à flot (elle a récemment lancé une mesure de soutien en faveur du financement des projets d’infrastructure).

Ces tensions commerciales ont fait largement refluer les taux souverains à travers le monde, les investisseurs commençant à craindre que cette guerre impacte négativement le commerce mondial avec pour conséquence finale un ralentissement économique généralisé. Il n’en aura pas fallu plus pour que la FED s’exprime sur le sujet et adopte un ton accommodant en sous-entendant qu’elle serait éventuellement prête à baisser ses taux en cas d’impact sur l’économie américaine.

De ce côté-ci de l’Atlantique, la visibilité n’étant guère meilleure, notamment avec une économie allemande embourbée, la Banque Centrale Européenne a suivi le même chemin que son homologue américain. En effet, plusieurs de ses membres ont évoqué la possibilité de nouvelles baisses de taux, voire même de nouveaux rachats de titres (autrement dit du Quantitative Easing) si les choses devaient mal tourner.

Ce soutien des Banques Centrales a ainsi permis aux marchés actions de retrouver un second souffle en ce début juin. Néanmoins, cela ne doit pas occulter les craintes d’un ralentissement de la croissance mondiale qui devrait finir par se matérialiser si les tensions commerciales ne disparaissaient pas dans les semaines à venir.

Nos prévisions :

Certains signes de tension commencent à apparaitre dans les chiffres macroéconomiques américains : un ralentissement des secteurs manufacturiers et de services se fait ressentir (même si ces derniers sont toujours en expansion) et l’emploi commence à montrer quelques signes de faiblesse (les PME/TPE ont détruit près de 50.000 emplois en mai). Tout n’est pas encore négatif pour autant : un accord entre les Etats-Unis et la Chine reste toujours possible, et permettrait de redonner un second souffle aux économies des deux premières puissances mondiales. Mais surtout, les investisseurs bénéficient d’un allié de poids, avec des Banques Centrales qui semblent prêtes à jouer le rôle de soutien indéfectible des marchés à la moindre difficulté.

Dans ces conditions, nous considérons actuellement que les forces positives (les Banques Centrales) équilibrent toujours les forces négatives (l’économie réelle et les incertitudes commerciales), créant les conditions d’une oscillation durable de l’ensemble des classes d’actifs autour de leurs niveaux actuels et poussant les investisseurs à adopter des stratégies tactiques pour générer de la performance. A court terme, le maintien d’une légère aversion pour le risque nous pousse à recommander encore aujourd’hui une allocation relativement prudente.

ALLOCATION TACTIQUE

ACTIONS : neutres

La question qui se pose aujourd’hui pour les investisseurs sur les marchés actions est celle de savoir si le rebond observé depuis début juin va perdurer. Si le récent soutien affiché par les banques centrales devrait permettre aux marchés actions de continuer légèrement leur progression dans les jours à venir, nous estimons que ces derniers ne devraient pas dépasser leurs précédents points haut de la fin avril. En effet, dans un environnement incertain les variations médianes de marché oscillent historiquement entre des rebonds de l’ordre de +8,7% et des corrections de -8,2%. Dans ces conditions, les marchés actions des pays développés devraient continuer d’osciller dans le tunnel actuel d’ici la fin juin, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis.

Concernant les actions émergentes, le manque de perspective quant à la résilience des modèles économiques de ces pays dans un contexte de fortes tensions entre les Etats-Unis et la Chine nous poussent à recommander durablement la sous-pondération de cette classe d’actifs tant que nous ne disposerons pas de signaux tangibles d’amélioration.

OBLIGATIONS : neutres à négatifs

Comme nous le rappelons depuis de nombreux mois, au regard de l’effondrement de la croissance potentielle dans l’ensemble de la Zone euro – en lien avec le vieillissement accéléré de la population – nous estimons que les jalons sont posés pour le maintien des taux longs à des niveaux historiquement bas pour une période de temps très prolongée à l’image du Japon depuis 20 ans. La faiblesse actuelle du momentum économique de la Zone euro, fragilisé par l’exposition importante de l’économie allemande aux commerce international, amplifie ce scénario de taux bas à court terme et explique pourquoi nous ne passons pas vendeurs sur l’obligataire souverain européen, en dépit des niveaux de taux aujourd’hui au plancher.

Comme nous l’anticipions, le taux à 10 ans américain a poursuivi sa baisse pour atteindre des niveaux inférieurs aux taux directeurs de la FED (entre 2,25% et 2,50%) et s’est depuis stabilisé autour de 2,1%. Nous continuons de penser que le taux à 10 ans américain pourrait continuer de légèrement décroître dans les mois à venir, au fur et à mesure que les investisseurs prendront conscience du ralentissement en cours de l’économie américaine. Toutefois, nous passons neutres à court terme au vu du chemin récemment parcouru, les mouvements se faisant rarement en ligne droite.

Dans cette veine, nous recommandons la neutralité à court terme vis-à-vis des obligations souveraines et corporate Investment Grade des pays riches et préférons la prudence vis-à-vis des obligations corporate High Yield américaines et européennes, mais aussi vis-à-vis des obligations émergentes, premières victimes des tensions géopolitiques actuelles.

MATIERES PREMIERES : neutres sur les commodities, surpondérés à neutres sur les métaux précieux

Les cours du pétrole ont connu de fortes turbulences en mai avec un reflux de plus de -16% pour le WTI. Cette baisse est à mettre au crédit de la reprise des velléités au sujet de la guerre commerciale entre Pékin et Washington. Les investisseurs craignant ainsi que cela n’induise un ralentissement généralisé de l’économie mondiale et donc in fine de la demande d’or noir. Au vu de la forte baisse du mois dernier, nous sommes passés neutres sur le pétrole à court terme. Sur un horizon de plus long terme, et si aucun élément nouveau et négatif sur la macroéconomie mondiale ou le commerce mondial n’apparait, nous passerons surpondérés sur cet actif lorsque le WTI se rapprochera des 45$ le baril.

La faiblesse des taux nous conforte dans notre légère surpondération des métaux précieux, en particulier dans un contexte qui reste anxiogène.

AVERTISSEMENT

Ce document est exclusivement réservé à la clientèle de RHETORES FINANCE. Il ne constitue en aucun cas un conseil d’achat ou de vente. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Il n’existe pas d’actif garanti.