Les marchés financiers sont chers, mais pas encore en régime de surchauffe

CONTEXTE

Ce qu’il s’est passé :

Comme évoqué dans notre précédente publication, les fondamentaux macroéconomiques continuent de se redresser dans l’ensemble des économies développées et émergentes. Les indices de confiance sont tous orientés à la hausse pour le mois de mai en zone euro ou aux Etats-Unis, que ce soient ceux concernant les consommateurs, l’économie dans son ensemble, ou même la décomposition industrie et service. Ces éléments corroborent la révision à la hausse « tardive » des projections de croissance de l’OCDE pour 2021 qui atteignent désormais +4,3%. Et ce momentum macro actuel devrait se poursuivre voire s’amplifier dans les mois à venir avec le relâchement des mesures de restriction et la progression du taux de vaccination un peu partout sur la planète.

Du côté des thématiques impactantes pour les marchés, celle de la hausse de l’imposition des sociétés continue de rester sur le devant de la scène : les ministres des Finances des pays du G7 ont récemment voté un accord historique pour mettre en place un impôt mondial minimum (à savoir une taxation minimale des bénéfices des multinationales à 15% afin d’éviter le dumping fiscal dans des pays comme l’Irlande). Si cet accord est un premier pas, le chemin restera encore long avant qu’un accord global soit signé au G20 ou pour l’ensemble des pays de l’OCDE. Mais une chose est sûre : cette tendance à l’augmentation de la pression fiscale au niveau mondial se poursuivra dans les mois et année à venir, tant les déficits publics des économies développées sont gigantesques. Autre point de vigilance, les tensions géopolitiques sino-américaines restent présentes : pour preuve, les Etats-Unis tentent actuellement de négocier un accord commercial avec Taïwan, ce que Pékin voit comme un affront, la Chine considérant Taïwan comme une de ses provinces.

Nos prévisions :

Nous estimons que nous pourrions entrer dans une nouvelle ère de déconnexion entre une économie réelle flamboyante et des marchés actions stagnants (à l’inverse de ce que nous avons connu l’année dernière : une économie réelle aux abois et des marchés actions très bien orientés).

Les ratios de valorisation des entreprises sont élevés, les marchés actions touchent des sommets historiques et les actifs alternatifs (matières premières, cryptomonnaies, etc.) ont connu de récentes envolées ainsi qu’une volatilité particulièrement élevée. De fait, les investisseurs se posent la question de la surchauffe des marchés. Pourtant, il nous semble que la situation actuelle est différente des périodes de bulles passées.

Tout d’abord, un krach obligataire a très peu de chance d’arriver pour les raisons suivantes :

  1. Si les taux souverains touchent des points bas inédits et les spreads avec les taux corporates se sont écrasés, les taux réels sont, quant à eux, loin d’être une anomalie historique,
  2. Les Banques Centrales arrosent toujours les marchés de liquidités afin de maintenir les taux nominaux longs au plus bas,
  3. Et surtout, l’économie mondiale reste fragile et une remontée des taux trop rapide tuerait dans l’œuf le retour de la croissance sur des niveaux pré-Covid.

De plus, les entreprises restent en pleine reprise : la croissance agrégée des bénéfices pour l’ensemble des entreprises composant le S&P500 au T1 2021 a atteint +52% (contre seulement +23,8% attendu fin mars dernier par les analystes), soit la plus forte hausse observée depuis le T1 2010 (+55,4% à l’époque). Le second trimestre devrait être d’ailleurs dans la même lignée : les analystes attendent à aujourd’hui +62% de hausse des bénéfices. Et si la capitalisation boursière mondiale atteint des niveaux inédits, avec plus de 120% du PIB mondial prévu en 2021 (soit bien au-delà du précédent pic de 100% du PIB atteint en 2007), les marchés actions devraient pouvoir se stabiliser autour des niveaux actuels tant que les nouvelles macro et micro resteront bien orientées, et que les banquiers centraux maintiendront des taux nominaux bas et des discours très accommodants.

ALLOCATION TACTIQUE

Pas de modification depuis notre précédente allocation du mois de mai.

ACTIONS : Maintien de la neutralité sur les actions, hormis en Europe

Rien de nouveau à signaler sur les marchés actions depuis le mois dernier : les marchés actions mondiaux sont restés proches des mêmes niveaux sur la période, seules les bourses européennes ayant très légèrement poursuivi leur hausse (de l’ordre de +2%). Comme le mois dernier, nous recommandons la neutralité sur les actions dans leur globalité, avec toutefois un bémol pour les marchés européens qui nous paraissent toujours légèrement « surachetés ». En effet, ces derniers n’ont toujours pas connu de consolidation depuis plus de 6 mois et le début novembre 2020. Nous serions ainsi plus à l’aise si une correction d’au moins 5% se matérialisait afin de pouvoir revenir sur des niveaux plus raisonnables.

OBLIGATIONS : neutralité globale, surpondérés sur les obligations américaines

Notre point de vue n’a pas changé depuis plusieurs mois en ce qui concerne les obligations : le soutien toujours massif des Banques Centrales rend une remontée importante et durable des taux souverains impossible. Nous vous invitons d’ailleurs à ce sujet à consulter la vidéo que nous avons réalisée en lien avec ce sujet en cliquant sur le lien suivant : Le retour de l’inflation ?

Comme évoqué depuis de nombreux mois, nous estimons que la remontée des taux et des perspectives d’inflation du début d’année ne durera pas, les investisseurs surestimant la capacité de rebond de l’économie réelle, dans un pays dans lequel le potentiel de croissance poursuit sa décroissance et dans lequel les ménages restent fragilisés avec un taux de chômage encore bien plus élevé qu’avant crise. Dans ces conditions, nous restons surpondérés sur les obligations d’Etat à 10 ans américaines qui rapportent au moment où nous écrivons ces lignes 1,5% par an (contre seulement 0,5% il y encore quelques mois).

Du côté des obligations d’entreprises (Investment Grade, à savoir une notation >= BBB), la tendance a été la même que pour les taux souverains. Nous renforçons également notre position sur les obligations d’entreprises aux Etats-Unis qui affichent un couple rendement / risque désormais intéressant, et restons neutres pour les autres zones géographiques.

Concernant les obligations High Yield, le spread a continué de se détendre. Pour autant, nous continuons de préférer les actions au High Yield pour charger du risque dans les portefeuilles, estimant le couple rendement / risque plus équilibré.

MATIERES PREMIERES : légèrement négatif sur les matières premières, neutres sur les métaux précieux

La spéculation sur les matières premières pourrait jouer des tours à la reprise économique, comme cela fut le cas en 2008… mais cette première pourrait déjà être en train de s’amenuiser : les prix des contrats futures sur le bois ont déjà reculé de -25% depuis leur point haut de mai, quand ceux du cuivre stagnent sur leur point haut. (On rappellera néanmoins que les prix du bois avaient fait x8 quand le prix du cuivre n’a fait que x2). Considérant que l’excès de spéculation sur le segment des matières premières n’a pas encore disparu, nous restons prudents vis-à-vis des matières premières industrielles et énergétiques à court terme.

Concernant l’or, les Banques Centrales n’envisageant pas de remontée des taux pour le moment malgré une inflation qui va rester ponctuellement élevée pendant quelques mois, le contexte de taux réels exceptionnellement négatifs devrait permettre au cours de l’or jaune de se maintenir proche des niveaux actuels, voire de légèrement progresser.

GRILLE D’ALLOCATION RECOMMANDEE – PROFIL « DYNAMIQUE* » :

*Benchmark : 70% Actions / 30% Obligations

GRILLE D’ALLOCATION RECOMMANDEE – PROFIL « MODÉRÉ* » :

*Benchmark : 50% Actions / 50% Obligations

GRILLE D’ALLOCATION RECOMMANDEE – PROFIL « PRUDENT* » :

*Benchmark : 30% Actions / 70% Obligations

PERFORMANCE DES DIFFERENTES CLASSES D’ACIFS DEPUIS 1 MOIS :

 

AVERTISSEMENT

Ce document est exclusivement réservé à la clientèle de RHETORES FINANCE. Il ne constitue en aucun cas un conseil d’achat ou de vente. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Il n’existe pas d’actif garanti.

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