Le ralentissement mondial va-t-il finir par faire craquer les marchés ?

 

CONTEXTE

Ce qu’il s’est passé :

Le mois de septembre fût essentiellement marqué par le discours de nouveau plus accommodant des différentes banques centrales. Si la FED a baissé ses taux directeurs pour la seconde fois, la BCE va de son côté relancer un nouveau plan de rachat d’actifs dès le mois de novembre d’un montant de 20 milliards d’euros par mois. Il faut toutefois noter que ce retour à des politiques monétaires agressives ne font pas l’unanimité : certaines tensions au sein même des institutions commencent à émerger et pourraient fragiliser l’action menée, surtout en zone euro où les pays « vertueux » s’opposent désormais ouvertement à une politique de taux négatifs potentiellement explosive pour le secteur financier.

Du côté de la macroéconomie, le ralentissement manufacturier s’est confirmé une nouvelle fois en septembre pour l’ensemble de la zone euro. L’industrie allemande continue de souffrir du repli du commerce mondial et marque inexorablement le pas. Les indices de confiance dans l’économie allemande continuent de se dégrader à horizon moyen terme (6 mois) et atteignent désormais des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis la précédente récession d’ampleur en 2007/2008… Si la situation est légèrement moins tendue outre-Atlantique, le secteur manufacturier commence lui aussi à marquer le pas (la publication décevante de l’indice ISM manufacturier a fait chuter les marchés en ces premiers jours d’octobre) sans pour autant se transmettre – encore – aux secteurs des services et de la construction.

Nos prévisions :

Ce contexte macroéconomique incertain pave la voie à une allocation raisonnablement défensive à court et moyen terme, sans pour autant verser – encore – dans le pessimisme excessif. Du côté des forces positives, on dénombre essentiellement les banques centrales qui restent pour le moment garantes du soutien des marchés. De l’autre côté, on notera la persistance des dossiers « chauds », comme l’incertitude autour des négociations commerciales ou encore du Brexit.

Sur les marchés actions, nous continuons de préférer les pays riches aux pays émergents, ces derniers étant potentiellement les premières victimes du reflux actuel du commerce mondial. Pour les pays riches, conformément aux comportements typiques dans un environnement incertain, nous recommandons la prudence à court terme après le rebond généralisé des marchés actions depuis le 15 août dernier (+8,4% pour l’Euro Stoxx et +6,0% pour le S&P 500).

Côté obligataire, nous repassons neutres à surpondérés à court terme après notre sous-pondération du mois précédent qui s’est avérée payante.

A court terme, nous repassons positifs sur les métaux précieux après l’accalmie connue en septembre (nous recommandions de prendre une partie de ses bénéfices sur les métaux précieux le mois dernier). Notez toutefois que la faiblesse persistante des taux souverains pave la voie à l’appréciation durable de ces derniers à moyen et long terme.

ALLOCATION TACTIQUE

ACTIONS : défavorables

Les premiers jours d’octobre ont été marqués par un retour de la volatilité et une forte baisse des indices actions en 2 jours (-4,5%), confirmant le manque évident de certitudes des investisseurs quant à l’évolution future des marchés. Comme depuis le mois de mai dernier, les investisseurs sont effrayés à la moindre publication d’un indicateur décevant (dans le cas présent l’indice ISM manufacturier américain), ou rassurés par les éventuelles bonnes surprises (comme le soutien récemment affiché par les banques centrales).

Dans ce contexte, les marchés actions des pays riches ayant réatteint leurs précédents points hauts fin septembre, nous recommandons d’être sous-pondérés afin de pouvoir revenir sur des niveaux plus attractifs dans les semaines à venir.

Concernant les actions émergentes, nous estimons depuis de nombreux mois maintenant que le manque de perspectives quant à la résilience des modèles économiques de ces pays – qui plus est dans un contexte de tensions persistantes entre les Etats-Unis et la Chine – est tel qu’il faut recommander une sous-pondération durable de cette classe d’actifs tant que nous ne disposerons pas de signaux tangibles d’amélioration.

OBLIGATIONS : neutres à surpondérés

La plongée en territoire négatif des taux européens s’est stoppée début septembre avec la dissipation temporaire des tensions commerciales. Le 10 ans allemand s’est ainsi stabilisé légèrement au-dessus des -0,6% alors que ce dernier avait franchi à la baisse la barre des -0,7% en août.

Seuls les taux italiens ont continué leur impressionnant rallye, stimulés par deux facteurs complémentaires : la dissipation de la prime de risque politique (avec la nomination d’un nouveau gouvernement bien moins eurosceptique qu’auparavant) ainsi que le soutien de la BCE. Rappelons que le 10 ans italien atteignait encore 2,3% début juin, et qu’il est aujourd’hui tombé en dessous des 0,85% (les taux italiens 7/10 ans affichent donc un gain de +1,5% en glissement sur 1 mois). Cette normalisation des taux italiens va indéniablement soulager les finances publiques mais aussi les agents privés, en rendant les conditions de financement plus attractives, et illustre bien le fait qu’il faut désormais adopter une démarche plus tactique sur cette classe d’actifs par rapport au passé.

Nous recommandons ainsi d’être neutre voir légèrement surpondéré à court terme vis-à-vis des obligations souveraines et corporate Investment Grade des pays riches. Concernant les émergents, nous conservons le même point de vue que sur les actions et restons sous-pondérés tant que nous ne disposerons pas de signaux tangibles d’amélioration de la conjoncture. Enfin, nous préférons la prudence vis-à-vis des obligations corporate High Yield dans leur globalité (américaines et européennes), tant le risque intrinsèque de cette classe d’actifs est comparable à celui des marchés actions.

 

MATIERES PREMIERES : sous-pondérés sur les commodities, surpondérés sur les métaux précieux et le cash

Le scénario de ralentissement généralisé prend le dessus. Peu de facteurs permettent donc d’envisager une véritable sortie par le haut pour le pétrole et les matières premières tant les anticipations de la demande restent faibles. Nous restons par conséquent sous-pondérés sur les matières premières (hors métaux précieux) et le pétrole.

Un repli sur les cours de l’or et de l’argent s’est matérialisé en septembre. Nous considérons désormais que cette baisse dans un contexte foncièrement porteur pour les métaux précieux à moyen et long terme permet de se positionner à nouveau à l’achat sur l’or.

GRILLE D’ALLOCATION RECOMMANDEE :

PERFORMANCE DES DIFFERENTES CLASSES D’ACIFS DEPUIS 1 MOIS :