La forte hausse du prix des matières premières peut-elle faire dérailler la reprise ?

CONTEXTE

Ce qu’il s’est passé :

Les facteurs externes à l’économie ainsi que la politique budgétaire et monétaire commencent à se dégrader : le cas d’Evergande (géant de l’immobilier Chinois qui a accumulé près de 260 milliards de dollars de dette) continue de faire frémir les marchés alors que la société a annoncé la suspension de sa cotation sur la bourse de Hong Kong et n’a pas pu rembourser les 205,7 millions de dollars dus à ses créanciers au début du mois d’octobre. A cela vient s’ajouter les tensions sino-américaines qui restent entières entre les deux parties alors que le dernier entretien entre Xi Jinping et Joe Biden en septembre dernier n’a pas abouti sur un apaisement des relations et qu’aucun sommet entre les deux chefs d’états n’est prévu.

En sus des inquiétudes observées en Chine (interne et externe), le perturbateur de notre scénario central envisagé, à savoir « une remontée des prix du pétrole qui perdurerait » refait surface. Le baril de Brent est ainsi passé de près de 65 $/baril mi-août à un peu plus de 80 $/baril en moins de deux mois, soit plus de 20% de hausse, alors que dans le même temps le cours du gaz naturel a bondi de plus de 60%.

Nos prévisions :

L’inflation reste un sujet d’actualité. Pour exemple, elle n’a jamais été aussi préoccupante pour les sociétés du S&P500 depuis 2010. Si ces dernières sont tant préoccupées par l’inflation, c’est que la hausse des prix à la production a atteint en août des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis 2008, lorsque l’envolée inexorable du cours des matières premières avait fini par faire dérailler l’économie. Le mois dernier, l’indice PPI, qui mesure le coût des marchandises sorties d’usine, a connu une augmentation de respectivement +12,1%, +10,3% et +9,5% sur un an en Europe, aux Etats-Unis et en Chine.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer aujourd’hui cette hausse récente des prix à la production : une forte demande, une capacité de production réduite, des frais de transports en augmentation constante au vu du flux tendu de la production et de la concentration des acteurs sur ce marché, mais également par une augmentation sensible du prix des matières premières.

Nous pensons néanmoins toujours – tout comme l’ensemble des Banquiers Centraux à l’heure actuelle – que ces problématiques inflationnistes devraient rester temporaires et se dissiper d’ici le début de l’année 2022. Dans cette veine, nous estimons que les sociétés ont aujourd’hui les reins assez solides pour ne pas répercuter l’intégralité de la hausse des prix à la production dans le prix des biens au vu de la marge de manœuvre dont elles disposent : les taux de marges restent stratosphériques avec +12,1% anticipés au T3 2021 pour le S&P500.

Notre scénario central n’a pas changé depuis le mois dernier : dans le contexte actuel, tant qu’il ne sera pas envisagé de baisse du total du bilan des Banques Centrales et que les taux resteront au plancher, les marchés devraient pouvoir maintenir les niveaux de valorisation actuels. Les actions devraient osciller autour des niveaux actuels tant que les nouvelles macro et micro resteront dans la même veine, et que les banquiers centraux maintiendront des taux nominaux bas. Nous recommandons toujours la neutralité généralisée en termes d’allocation, que ce soit en termes d’actifs, de zones géographiques ou de thématiques, au vu de la hausse déjà parcourue depuis les points bas de mars 2020.

Nous estimons toujours que nous sommes désormais entrés dans une nouvelle ère de déconnexion entre une économie réelle très bien orientée et des marchés actions qui pourraient stagner ou progresser à un rythme faible (à l’inverse de ce que nous avons connu l’année dernière : une économie réelle aux abois et des marchés actions très bien orientés).

ALLOCATION TACTIQUE

Pas de modification significative depuis notre précédente allocation du mois de septembre. La baisse actuelle n’est pas encore suffisante pour redevenir plus agressif sur les actions américaines et européennes. Néanmoins, il peut être judicieux de commencer à repondérer légèrement les actions japonaises et émergentes.

ACTIONS : Maintien de la neutralité globale sur les actions, légère repondération de la zone Asie qui affiche une baisse classique d’un environnement de marché sans tendance.

La baisse actuelle des marchés actions (-5,2% aux Etats-Unis pour le S&P et -5,6% en Europe pour l’Euro Stoxx) n’est pas suffisante pour réintégrer du risque selon nos modèles de stratégies d’investissements. En effet, les potentiels de baisse restent significatifs pour ces deux marchés :

  • -3,5% à -4,0% de baisse en Bull Market (marché directionnel haussier)
  • -4,5% à -5,0% de baisse en Wave Market (marché sans tendance)

Le reflux actuel des marchés actions s’accompagne d’une nette surperformance des valeurs dites « Value » et notamment des valeurs bancaires (avec le léger rebond des taux) et des valeurs liées au secteur de l’énergie (largement boostées par le fort rebond du prix des matières premières). En effet, rappelons que l’indice Bloomberg Commodity Index a atteint récemment des niveaux qui n’avaient plus été observées depuis 2011 (avec l’envolée récente du prix du gaz naturel et la hausse continue des cours de l’or noir).

Sur les marchés asiatiques, les baisses semblent suffisantes pour réinjecter un peu de risque dans un environnement de marchés sans tendance. En effet, l’indice Nikkei 225 a ainsi affiché récemment une baisse de -10,2%, l’indice MSCI émergents de -7,4% et l’indice MSCI China de -10,9%. Dans ces conditions nous estimons que l’on peut commencer, tout en restant prudent, à réinjecter progressivement du risque sur ces marchés. Afin de conserver notre neutralité actions, cela se fera au détriment des autres zones géographiques.

OBLIGATIONS : neutralité globale

Les taux ont légèrement rebondi (de l’ordre de +30bp depuis notre précédente publication), à la suite de l’annonce de J. Powell qui a clairement laissé entendre que le tapering allait débuter d’ici peu (surement avant la fin d’année). « Si les progrès se poursuivent globalement comme prévu, le comité juge qu’une modération du rythme des achats d’actifs pourrait bientôt être justifiée », indique le communiqué de la Fed. Rappelons néanmoins que le président de la FED a déjà précisé que les taux directeurs resteraient durablement bas pour encore un long moment, en annonçant que le tapering serait de toute manière décorrélé de la hausse des taux qui suivra.

Comme évoqué depuis de nombreux mois, nous estimons que la remontée des taux et des perspectives d’inflation depuis le début d’année ne durera pas, les investisseurs surestimant la capacité de rebond de l’économie réelle, dans des pays dans lesquels le potentiel de croissance à long terme poursuit sa décroissance et dans lesquels les ménages restent fragilisés.

Pour en savoir plus sur cette thématique, nous vous invitons d’ailleurs à ce sujet à consulter la vidéo que nous avons réalisée en lien avec ce sujet en cliquant sur le lien suivant : Le retour de l’inflation ?

MATIERES PREMIERES : maintien de la neutralité sur les métaux précieux, et toujours légèrement négatif sur les matières premières

Le principal perturbateur de notre scénario central, le prix de l’énergie, sort du bois ces dernières semaines : le Brent est passé de près de 65 $/baril mi-août à un peu plus de 80 $/baril en moins de deux mois, soit plus de 20% de hausse. De même le gaz naturel a bondi de plus de 60%. Ainsi, l’indice Bloomberg Commodity Index a atteint récemment des niveaux qui n’avaient plus été observées depuis 2011 (avec l’envolée récente du prix du gaz naturel et la hausse continue des cours de l’or noir).

Nous pensons que ce scénario de hausse du prix des matières premières n’est pas durable car il engendrerait inévitablement un déraillement de la reprise économique actuelle. Dans ces conditions, nous estimons que les prix ne devraient théoriquement pas continuer leur hausse. Le pétrole étant sorti de notre prix d’équilibre (entre 55 dollars et 75 dollars hors crise géopolitique), nous estimons qu’il ne faut pas prendre de risque sur cet actif et que l’essentiel du potentiel de hausse est consommé à ce stade.

Concernant l’or, comme l’a annoncé Jérôme Powell, les Banques Centrales n’envisagent pas de remontée des taux directeurs pour le moment et cela malgré une inflation qui va rester ponctuellement élevée pendant encore quelques mois. Le contexte de taux réels exceptionnellement négatifs qui en découle devrait permettre au cours de l’or jaune de se maintenir proche des niveaux actuels, voire de légèrement progresser.

GRILLE D’ALLOCATION RECOMMANDEE – PROFIL « DYNAMIQUE* » :

*Benchmark : 70% Actions / 30% Obligations

GRILLE D’ALLOCATION RECOMMANDEE – PROFIL « MODÉRÉ* » :

*Benchmark : 50% Actions / 50% Obligations

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

GRILLE D’ALLOCATION RECOMMANDEE – PROFIL « PRUDENT* » :

*Benchmark : 30% Actions / 70% Obligations

PERFORMANCE DES DIFFERENTES CLASSES D’ACIFS DEPUIS 1 MOIS:

 

AVERTISSEMENT

Ce document est exclusivement réservé à la clientèle de RHETORES FINANCE. Il ne constitue en aucun cas un conseil d’achat ou de vente. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Il n’existe pas d’actif garanti.

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