Ne pas rembourser ses dettes est-il une option ?

 

Depuis quelques semaines, de nombreux experts émettent l’idée qu’il serait possible de ne pas rembourser les dettes accumulées en raison de la crise sanitaire. Cette idée séduisante est-elle réellement sérieuse et envisageable ?

D’abord revenons sur le contexte : depuis mars dernier, la Banque Centrale Européenne finance effectivement les dettes accumulées par les Etats européens pour mettre en place des plans de sauvetage, par le biais d’une politique de création monétaire inédite dans l’histoire (appelée Quantitative Easing, mécanisme qui consiste à imprimer des billets pour acheter la dette souveraine émise par les Etats). Les montants sont impressionnants, avec un volume d’achat par la BCE atteignant 15% du PIB de la zone en moins d’un an et une dette publique s’envolant à 120% du PIB en France et en Espagne, 160% en Italie ou encore 75% en Allemagne.

Ces tombereaux de dettes font naturellement émerger une crainte : comment les assumer sans que cela n’étouffe les générations qui suivront ? C’est cette interrogation qui pousse depuis peu de nombreuses personnalités à évoquer la radiation pure et simple de ces montants, comme s’ils n’avaient pas existé. Que faut-il en penser ?

D’abord il faut savoir que si supprimer la dette émise par les Etats est théoriquement possible (il suffit de rayer le même montant à l’actif et au passif du bilan de la BCE) cette solution parait moralement inacceptable. En effet, la dette levée ayant servi à financer des dépenses ou manques à gagner réels et non virtuels, la supprimer reviendrait à faire un cadeau aux personnes ou structures qui ont bénéficié des soutiens publics… et pas à toutes les autres ! A partir du moment où il y a eu iniquité de traitement au sein de la population, supprimer la dette devient de fait politiquement bien trop explosif pour que cette solution soit sérieusement envisageable sans saper encore un peu plus la crédibilité de l’Etat vis-à-vis de ses ressortissants et s’accompagner de l’exacerbation de tensions sociales déjà élevées.

En réalité, deux solutions semblent réellement envisageables :

– la solution rose : les Etats définissent rapidement des pratiques budgétaires plus saines et font disparaitre le déficit public dans les années à venir (dès 2022). Le stock de dettes ne pose alors aucun problème (la dette levée l’année dernière ne génère aucun frais pour l’Etat… les taux étant négatifs)! Le stock de dettes restera élevé mais les charges associées resteront négligeables comme c’est le cas aujourd’hui.

– la solution noire : les Etats considèrent l’argent « gratuit » et dépensent sans compter, accentuant le déficit public (et donc la dette) et poussent la BCE à continuer à imprimer de la monnaie de manière démesurée. Cela serait in fine terrible car entrainerait à terme une perte de confiance dans la valeur de la monnaie, le billet de banque n’étant pas autre chose qu’un contrat de confiance entre celui qui le possède et celui qui l’accepte en contrepartie de quoi il vous livre un bien ou un service. En imprimant de la monnaie sans créer plus de richesse, celui qui l’accepte finira par demander deux billets au lieu d’un… cela s’appelle l’érosion monétaire concomitante à l’hyperinflation. Dans ce cadre, le stock de dettes (nominale) ne posera plus de problème puisque les remboursements se feront en monnaie de singe ! En parallèle, cela signifierait la mort du rentier et l’effondrement de la valeur du patrimoine, seul le producteur étant en mesure de répercuter dans ses prix de vente l’hyperinflation.

Si pour le moment le sujet n’est pas déterminant pour la valorisation des actifs, il convient toutefois de ne pas tomber dans le mirage des solutions trop faciles… La clé de voute de l’allocation d’actifs dépendra donc de la qualité des décisions qui seront prises dans les trimestres à venir par les autorités publiques, monétaires mais surtout gouvernementales.

 

AVERTISSEMENT

Ce document est exclusivement réservé à la clientèle de RHETORES FINANCE. Il ne constitue en aucun cas un conseil d’achat ou de vente. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Il n’existe pas d’actif garanti.

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