Le scénario du pire n’est jamais sûr…

mais attention quand même !

 

Ceux d’entre vous qui nous suivent n’ignorent pas que notre scénario premier concernant cette crise est qu’elle débouchera sur une récession brutale mais brève, et que les économies, tant mondiale que française, devraient éviter de sombrer dans une réplique de la Grande Dépression de 1929.

Cet optimisme, tout relatif, se base sur le postulat que les réponses fortes et rapides des autorités politiques et monétaires constituent une digue suffisamment solide face au tsunami économique déclenché par la crise du Covid-19.

Mais la validité de cette hypothèse dépend bien sûr grandement de la durée de la période de confinement, mais aussi de la manière dont les économies se relèveront durant le déconfinement qui arrive. En effet, si l’économie repartait de manière trop poussive, le scénario du pire – à savoir une dépression profonde de l’économie – deviendrait alors hautement plausible.

Revenons sur les estimations actuelles du coût de la crise : les grandes institutions économiques font état d’une perte – à minima – de 3 points de PIB par mois de confinement. Un raisonnement rapide permet d’ailleurs d’arriver aux mêmes conclusions :

  1. Considérons que la richesse créée en France sur une année, soit la totalité du PIB, équivaut à 100 points, chaque mois rapporte alors en moyenne 8 points de richesse.
  2. Le confinement implique un arrêt de l’appareil productif d’environ 40% à 50%.
  3. Chaque mois d’application du confinement coûte donc à minima 4 points du PIB.

 

Un confinement de 7 semaines devrait donc amputer à minima de 7 points le PIB de la France. Si cela semble important, c’est aujourd’hui encore gérable car les autorités sont en ordre de bataille afin d’enrayer l’effet domino mortifère qui menace l’économie.

Rappelons le déroulement classique de ce scénario du pire : nombre d’indépendants et d’entreprises doivent faire face à un maintien de leurs charges structurelles alors qu’ils n’ont plus de recettes. Ils se retrouvent ainsi virtuellement en situation de cessation de paiement. Ne pouvant plus honorer leurs charges, ils font faillite et alimentent le chômage du fait des licenciements que la crise leur impose. La multiplication des dépôts de bilan entraîne aussitôt la chute d’un nouveau domino. De plus, les entreprises qui mettent la clef sous la porte sont généralement endettées. Leurs faillites accroissent par conséquent les pertes des établissements bancaires mais plus encore leur réticence à prêter. Le financement des entreprises s’en trouve profondément altéré, ce qui aboutit invariablement à exacerber la crise et à plonger l’économie dans une spirale infernale dont il est bien ardu de l’extraire à court terme.

Les autorités étatiques et monétaires sont pour l’heure parvenues à enrayer cet effet domino délétère en proposant – dans le cas français – le financement par la nation du chômage partiel, le report des charges et de l’impôt mais aussi en mettant en place un dispositif de prêts garantis par l’Etat pour procurer de la trésorerie aux entreprises en difficulté. Néanmoins, le coût associé à ces mesures n’en reste pas moins substantiel pour la collectivité puisque l’Etat, si l’on prend l’exemple de la France, verra sans doute passer son endettement dans des délais très brefs de 100 à 115 % du PIB.

Ce nouveau stock de dettes sera assumé par l’ensemble des citoyens. Or si l’économie ne repart que trop partiellement une fois actée le déconfinement, et que la crise sanitaire coûte finalement 10, 15, 20 points supplémentaires de PIB faisant s’accroitre d’autant la dette totale, la hauteur du coût à payer risque fort d’amener une remise en question politique de la collectivisation des pertes et susciter des interrogations quant à l’emploi à bon escient de ces tombereaux d’argent. Dans un tel contexte, l’Etat pourrait (à la faveur d’alternances politiques ou sous la pression populaire ou de pays voisins…) s’effacer et ne doutons pas qu’alors les acteurs privés du secteur bancaire se retireront eux aussi, aggravant ainsi la crise avec le gel des liquidités disponibles. Ce qui ne laisserait sans doute d’autres choix à l’Etat que de nationaliser les banques afin d’assurer le financement de l’économie. Dans l’intervalle, l’économie aura basculé du scénario d’une récession soudaine, violente mais brève à celui bien pire la Grande Dépression de 1929. Nous n’y sommes pas encore. Le pire n’est jamais certain. Mais il n’est également pas à exclure si la crise sanitaire venait à se prolonger.

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