À CHOC EXCEPTIONNEL, RÉPONSES EXTRAORDINAIRES 

 

CONTEXTE

Ce qu’il s’est passé :

Depuis début mars, l’Europe est devenue l’épicentre de la crise sanitaire mondiale liée à la propagation du Covid-19, en raison de sa très mauvaise anticipation, puis gestion du sujet (plus de la moitié des morts liés au virus sont aujourd’hui à dénombrer en Europe…), au contraire de l’Asie qui semble progressivement sortir de l’ornière. Conséquence, les confinements se sont généralisés sur le Vieux continent, mettant littéralement à l’arrêt une bonne partie de l’économie (seulement 1/4 de l’économie est encore en fonctionnement). Toutefois, l’Europe n’est pas la seule et les Etats-Unis entrent désormais progressivement eux-aussi en confinement.

Heureusement, les gouvernements et les Banques Centrales – marqués par le souvenir douloureux des précédentes crises de 2008-2009 et de 2011-2012 – ont décidé d’agir et ont sorti l’artillerie lourde pour enrayer la propagation du risque sanitaire à l’économie : « A période extraordinaire, action extraordinaire ». La FED et la BCE ont ainsi chacune annoncé un nouveau Quantitative Easing (750 milliards de dollars pour la FED et un montant équivalent pour la BCE) et font en sortent d’assurer la liquidité sur les marchés financiers. De leur côté, les gouvernements de l’ensemble des pays touchés ont annoncé de vastes plans de relances budgétaires et certains pays parlent même d’utiliser l’Helicopter Money (distribution directe d’argent aux particuliers) comme aux Etats-Unis où un projet de 1200$ par adulte et 500$ par enfant est envisagé pour les foyers ayant moins de 90 000 dollars de revenus annuels.

Les deux questions qui restent entières sont donc les suivantes :

  • Combien de temps mettront les mesures prises pour atténuer la crise sanitaire ?
  • Les mesures pour contrer l’infarctus économique seront-elles suffisantes pour éviter de tomber dans un cercle vicieux délétère amenant à une dépression ?

Nos prévisions :

Face au caractère complètement inédit du choc actuel, les investisseurs sont passés en mode risk-off absolu depuis un mois, c’est-à-dire à la liquidation des actifs risqués pour revenir sur les « valeurs sures », ce qui se matérialise par le plus violent Bear Market jamais vu en Europe (en termes de durée et d’intensité) et un des pires aux Etats-Unis (similaire pour le moment au mouvement de panique observé en 1929).

Trois scénarios sont désormais envisagés :

  • Une récession dite « classique » dont les effets dureront environ un an.
  • Une récession longue, type dépression dont les effets dureront au moins deux ans.
  • Un rétablissement rapide une fois l’épisode sanitaire maitrisé (reprise de l’activité d’ici la fin du T2).

Au stade actuel, le scénario que nous estimons le plus probable est celui d’une récession dite « classique » avec révisions baissières d’environ 25% des profits des entreprises à horizon un an. Si nous estimons que le scénario de la dépression n’est pas le plus probable, c’est parce que les autorités prennent toutes les mesures pour éviter qu’un cercle vicieux se mettent en place et entrainent l’économie mondiale dans les abysses : en soutenant coût que coût les entreprises, gouvernements et Banques Centrales devraient réussir à éviter que les cessations de paiement des entreprises dont l’activité est à l’arrêt se multiplient, et ainsi ne pas transformer cet infarctus économique en crise bancaire et financière d’une ampleur jamais égalée.

ALLOCATION TACTIQUE

Différentes recommandations peuvent être adoptées sur les marchés actions. Pour les personnes à même de suivre les marchés actions quotidiennement, et ainsi de profiter pleinement de rebonds techniques, nous recommandons de surpondérer les actions à court terme, tout en étant prêt à sortir très rapidement une fois les gains engrangés. Cependant pour des investisseurs moins actifs, nous recommandons la neutralité sur ces niveaux (la baisse à atteint jusqu’à -40% sur le CAC40 en 1 mois).

Côté obligataire, nous passons positifs à court terme pour le souverain, considérant les tensions récentes comme une opportunité et restons très prudents vis-à-vis des obligations corporates les moins bien notées, en Europe comme aux Etats-Unis. Enfin, nous repassons légèrement surpondérés sur l’or à court terme après la baisse de ces derniers jours.

ACTIONS : neutres à surpondérés

Les marchés mondiaux sont tous entrés dans un Bear Market le 19 février, mais pas n’importe lequel… En Europe, jamais un mouvement de baisse n’avait été aussi violent et rapide ! La baisse de -37,9% sur l’Euro Stoxx sans aucun rebond est la plus forte jamais observée depuis 1986. En prenant comme référence le S&P 500 pour disposer d’un échantillon plus représentatif (un siècle d’historique), la baisse actuelle égale la plus violente baisse enregistrée (-37,7% en 1937) et dépasse les baisses (sans rebond) des années 29-33…

Aux Etats-Unis, la volatilité est également de mise sur les indices actions : le S&P500 a enchainé des mouvements de plus ou moins 5% de manière quotidienne, signe que les investisseurs sont aujourd’hui perdus (depuis le 19 février, on observe déjà plus de 9 segments consécutifs de +/-5% en cours de clôture contrairement à l’Europe qui n’a connue qu’un unique segment de baisse) !

Au regard des comparables historiques, nous recommandons donc de surpondérer tactiquement les actions européennes et américaines pour les personnes qui sont en mesure de solder des paris sur un horizon de temps très court : il convient de rester extrêmement réactif, tout rebond de l’ordre de 10% devant être utilisé pour ressortir tactiquement des marchés actions (cela s’est déjà produit deux fois depuis 1 mois aux Etats-Unis).

Cependant si l’on devait résumer notre recommandation en fonction du profil de risque, voici ce que cela donnerait :

  • Profil dynamique : surpondération actions si possibilité de faire de la gestion tactique de manière quotidienne (les rebonds en Bear Market peuvent ne durer qu’1 à 2 jours)
  • Profil équilibré : rester équilibré actions/obligations en attendant d’y voir plus clair, surpondérer les actions si les marchés baissent encore de -10%
  • Profil sécuritaire : alléger les positions en attendant de changer d’environnement de marchés

OBLIGATIONS : neutres

Devant les difficultés des pays européens à prendre la mesure du choc sanitaire en cours et la faiblesse de la première réponse de la BCE le 12 mars dernier (amenant même Mme Lagarde à s’excuser publiquement), les taux souverains ont tous rebondi et les spreads se sont grandement écartés pour les pays du Sud de l’Europe (les plus touchés par le Covid-19, soit l’Italie et l’Espagne). Les taux souverains italiens sont ainsi passés en quelques jours de moins de 1,0% à près de 3,0% en une séance. Heureusement, la deuxième salve de la BCE n’a pas trainé (dans la nuit du 18/03) et devrait permettre de limiter les dégâts. En effet, la BCE a annoncé un plan de rachats d’actifs de 750 milliards d’euros qui iront à la fois sur l’obligataire souverain et sur le l’obligataire corporate. Et le discours associé indique que ce montant pourra être augmenté si besoin. Conséquence immédiate, les taux souverains ont reflué, le 10 ans italien atteignant dorénavant 1,5%.

Du côté des obligations corporates, les spreads ont naturellement explosé avec la perspective d’une décrue massive et historique du PIB au T2 2020… Toutefois, le compartiment BBB ou le High Yield paraissent encore largement en dessous des niveaux atteints lors des précédentes crises (2008-2009 et 2011-2012), laissant ainsi apparaitre un potentiel de baisse restant substantiel pour cette classe d’actifs, que nous continuons de sous-pondérer à court et moyen terme.

Le scénario a été identique aux Etats-Unis : après être descendu à près de 0,5%, le taux à 10 ans américain a fortement rebondi pour se stabiliser autour de 1,25% quand l’ensemble des taux corporate ont largement rebondi. Notre sous-pondération depuis plusieurs mois de l’obligataire américain High Yield aura payé : le spread a été multiplié par 2 depuis la mi-février. Nous conservons cette dernière pour la même raison que nous étions sous-pondérés au cours des derniers mois : les entreprises HY américaines sont pour beaucoup des entreprises de pétrole de schiste qui vont être on ne peut plus impacter par la chute historique des prix du pétrole.

Concernant les émergents, nous restons sous-pondérés tant que nous ne disposerons pas de signaux tangibles d’amélioration de la conjoncture et de visibilité sur la résilience de leurs modèles économiques dans un monde moins ouvert (sans compter que l’impact de la crise sanitaire actuelle va être très violent pour les pays émergents, dont le modèle économique est basé sur les exportations…).

MATIERES PREMIERES : neutres sur les commodities, légèrement positifs sur les métaux précieux

Le pétrole à 20$, de retour sur ses niveaux des années 90, a été un des actifs les plus touchés au cours des dernières semaines… Rien de surprenant lorsque les deux facteurs qui l’impactent le plus vont dans le même sens :

  • L’économie mondiale est à l’arrêt et tous les économistes s’accordent à dire que nous allons vivre une année noire,
  • L’Arabie Saoudite, pour faire plier la Russie, a ouvert en grand les vannes de production

Il parait pour autant difficile d’envisager l’or noir sur des points aussi bas pour longtemps.

Si l’or a d’abord profité des tensions extrêmes, celui-ci a reflué au cours des derniers jours, les investisseurs cherchant d’abord des liquidités en préférant solder leurs (rares) paris gagnants des dernières semaines. Cette baisse récente nous pousse à repasser légèrement positifs sur cet actif.

GRILLE D’ALLOCATION RECOMMANDEE :

PERFORMANCE DES DIFFERENTES CLASSES D’ACIFS DEPUIS 1 MOIS :

AVERTISSEMENT

Ce document est exclusivement réservé à la clientèle de RHETORES FINANCE. Il ne constitue en aucun cas un conseil d’achat ou de vente. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Il n’existe pas d’actif garanti.

Télécharger l’allocation MARS 2020