Cette question quelque peu provocante que l’on nous pose régulièrement pourrait prêter à sourire de par la radicalité de l’alternative qu’elle contient. Pourtant, tout investisseur ayant du vécu sur les marchés n’est pas sans ignorer ni la brusquerie des mouvements que l’on peut y observer, ni même l’imprévu qui s’y invite plus souvent qu’ailleurs. Aussi cette interrogation mérite-t-elle d’être prise au sérieux.

Commençons par le scénario d’une montée des cours de l’or noir à 200 dollars le baril… afin de l’évacuer au plus vite. Une telle flambée des prix pétroliers résulterait soit d’une accélération brutale de la croissance mondiale, soit d’un choc géopolitique majeur tel qu’un conflit armé de grande magnitude entre l’Iran et les Etats-Unis. En l’espèce, le premier scénario paraît hautement improbable au regard de la détérioration graduelle et continue des indicateurs de conjoncture ces derniers mois ; quant au second, il est par nature si imprévisible et par essence si peu probabilisable qu’en faire cas à l’heure où nous écrivons ces lignes relève du pessimisme le plus sombre. Exit, donc, pour l’heure l’idée de l’or noir à 200 dollars.

L’hypothèse d’une rechute des cours du brut à 20 dollars suppose de son côté que le marché pétrolier entre en bear market. Il faut admettre qu’elle possède de prime abord davantage de consistance que la perspective d’une envolée des prix du brut, après la correction qui l’a fait décrocher de 20 % en un mois et demi entre avril et juin dernier.

Toutefois, la plausibilité d’une glissade continue des prix du pétrole ne peut être sérieusement envisagée qu’à la seule condition d’un déséquilibre entre offre réelle et demande réelle de pétrole, c’est-à-dire en l’occurrence que l’offre devienne notablement supérieure à la demande. Or nous en sommes encore loin. Pour le moment, offre et demande de pétrole s’équilibrent, aboutissant à une oscillation des prix dans un canal compris entre 45 $ et 70 $ le baril… qui arrangent globalement tout le monde : à 60 dollars le baril, les consommateurs occidentaux peuvent toujours consommer tandis que les producteurs n’ont pas à s’inquiéter du lendemain, leurs coûts d’extraction s’établissant entre 50 et 60 dollars.

Néanmoins, rejeter définitivement la possibilité d’une décrue des prix du pétrole en direction des 20 dollars serait aller un peu vite en besogne. Pour s’en convaincre, il suffit de s’intéresser à l’évolution des prix des autres matières premières. Ces dernières voient leur prix glisser depuis le 1er trimestre 2018, ce qui démontre que le cycle mondial se trouve engagé dans une phase de décélération qui mérite toute notre attention. Si pour le moment le pétrole a pu échapper partiellement à un tel mouvement, ce n’est qu’en raison d’une prime de risque géopolitique résultant des difficultés traversées par le Venezuela et de la politique d’intimidation orchestrée par de Donald Trump sur la scène internationale.

Dans ces conditions et même si faudra redoubler de vigilance dans les mois à venir, nous estimons que les conditions restent pour le moment propices à la poursuite des oscillations du prix du baril dans un canal horizontal compris entre 45$ et 70$.