Donald Trump entraine les émergents dans la tourmente

CONTEXTE

Ce qu’il s’est passé :

Les tensions sur les taux italiens se sont renforcées au mois d’août dans l’attente du programme budgétaire du gouvernement de coalition, menant le taux à 10 ans italien jusqu’à 3,22% à la fin du mois. Les récentes déclarations de différents membres du gouvernement de maintenir un déficit inférieur à 3% en 2019 afin de ne pas contrarier ses partenaires européens ont toutefois permis de désamorcer la situation et de faire refluer le taux à 10 ans qui atteint désormais 2,9%.

De l’autre côté de l’Atlantique, les indicateurs macroéconomiques et microéconomiques sont dans le vert, le pays récoltant les fruits de la réforme fiscale réalisée par Donald Trump. Ainsi, la croissance pour le deuxième trimestre 2018 est annoncée à +4,2% en annualisée en deuxième estimation, et les résultats des entreprises américaines en hausse d’une vingtaine de pourcents. Dans ces conditions, les actions américaines ont largement surperformé les autres marchés actions mondiaux (le S&P 500 réalise depuis le 2 avril +11,4% quand l’Euro Stoxx réalise -0,1% depuis la même date). Quoi qu’il en soit, Donald Trump n’a pas diminué ses invectives à l’encontre de ses partenaires commerciaux, puisqu’il envisage d’imposer de nouvelles taxes douanières sur 200 milliards de produits importés de Chine supplémentaires et de se défaire si besoin de l’accord commercial qui relie les Etats-Unis et le Canada.

Cet élément aura ainsi joué un rôle non négligeable sur le fait important de l’été que nous annoncions dans notre dernière allocation : la déroute des marchés émergents actions et obligations a continué, notamment sur les marchés turcs et argentins qui ont fait les gros titres récemment. Mais loin d’être les seuls, c’est l’ensemble des émergents représentés par l’indice MSCI Emerging Market qui ont souffert, puisque ce dernier est entré en Bear Market, affichant une baisse de -20% depuis le 26 janvier, alors que les taux souverains des émergents ont explosé et les taux de change largement reflué.

Nos prévisions :

Nous prévoyons une détente progressive des tensions sur les taux italiens selon deux scénarii possibles : soit le gouvernement italien arrive à fournir une estimations de la trajectoire du déficit du pays en ligne avec les attentes des observateurs et les taux se détendront, soit ce n’est pas le cas et l’économie italienne n’arrivera pas à encaisser le choc de taux élevés pendant quelques mois, poussant la Banque Centrale Européenne à intervenir pour sauver l’Italie, ce qui ramènera les taux vers le bas.

Nous ne faisons en revanche pas de pari aussi fort au sujet de la guerre commerciale, tant le président américain est imprévisible. Qui plus est, ses « partenaires » commerciaux pourraient eux-aussi se décider à réagir plus violemment qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent. Une chose est pourtant communément acceptée chez les investisseurs : tant que les élections de mi-mandat n’auront pas lieu aux Etats-Unis, le président américain devrait rester véhément dans ses attaques s’il n’obtient pas d’accords commerciaux favorables pour son pays. Par conséquent, il y a pour l’instant peu de chance que les pays émergents soient épargnés en septembre et octobre…

ALLOCATION TACTIQUE

ACTIONS : neutres sur les actions, avec une préférence pour l’Europe

Les tensions générées par la guerre commerciale freinent le potentiel d’expansion les marchés des pays matures (hormis pour les valeurs technologiques américaines) malgré des fondamentaux toujours bien orientés sur le plan macro et microéconomique. Dans ces conditions, nous considérons toujours l’environnement de marchés comme étant celui d’un Wave market (oscillations prolongées autour des niveaux actuels), qui devrait durer le temps que les tensions politiques entre les pays s’estompent.

Dans ce contexte, nous sommes prudents vis-à-vis des indices américains : en effet, ces derniers affichent une hausse continue de +11,4% depuis le point bas du 2 avril dernier (soit 112 jours ouvrés), que nous considérons excessive selon les normes historiques. Au contraire, les indices européens apparaissent aujourd’hui plus attractifs, d’autant plus avec la baisse récente de l’euro et l’apaisement relatif autour du budget italien.

Enfin, en dépit des très fortes corrections déjà enregistrées, nous recommandons toujours la prudence vis-à-vis des actions émergentes, pénalisées tant par la moindre liquidité disponible sur les marchés que par les doutes persistants quant à la solidité de leurs modèles économiques.

OBLIGATIONS : neutres sur les obligations souveraines

Si les tensions sur le marché obligataire souverain se sont légèrement apaisées en Europe ces dernières semaines, les taux souverains italiens ont, eux, continué à se tendre (le taux à 10 ans a atteint un pic jusqu’à 3,25% fin août). Depuis, les taux italiens retrouvent progressivement des niveaux plus raisonnables (les niveaux actuels n’étant pas soutenables à moyen terme pour les entreprises et les agents privés), le gouvernement italien semblant opter pour une politique budgétaire relativement sage pour l’année prochaine. Dans ces conditions, nous recommandons la neutralité sur l’obligataire souverain en Zone euro hormis en Italie (surpondération).

Outre-Atlantique, les taux souverains américains nous paraissent toujours attractifs. En effet, nous estimons que l’augmentation de l’offre de papiers américains disponibles sera la cible privilégiée de l’épargne mondiale au détriment des actifs émergents, dans un contexte de plus forte aversion pour le risque. Nous préférons par ailleurs l’obligataire corporate Investment Grade (entreprises bien notées) au High Yield (entreprises à risque), considérant le surplus de rémunération de ces dernières désormais insuffisant au regard du contexte.

MATIERES PREMIERES : globalement neutres, négatifs sur le pétrole et positifs sur les métaux précieux

Les matières premières hors pétrole ont, dans leur ensemble, connu une forte baisse depuis le second trimestre, en raison du renforcement du dollar et des craintes de ralentissement de croissance mondiale. Devant le manque de visibilité actuelle, il semble peu probable que les prix reprennent le chemin de la hausse dans les semaines à venir.

Les prix du pétrole oscillent quant à eux toujours sur des niveaux élevés par rapport à notre cible (objectif de 45-65$ le baril de Brent contre 77,8$ actuellement). Ces derniers sont en effet toujours soutenus par une demande qui n’a pas diminué à court terme, et surtout par une offre toujours limitée (sanctions contre l’Iran qui diminue l’offre, dégradation de la situation au Venezuela, problèmes de transport du pétrole de schiste aux Etats-Unis et fermeture de plateformes pétrolières en raison des conditions climatiques). Les prix devraient désormais progressivement refluer.

Enfin, la résurgence du risque et le recul récent des prix nous font devenir positifs sur les métaux précieux, jouant traditionnellement relativement bien le rôle de valeur refuge.

 

AVERTISSEMENT

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